Le paradoxe français: des millions de chômeurs… et une pénurie de main d’œuvre

Récemment, le constructeur automobile français Peugeot a été contraint de faire venir 8 techniciens de maintenance polonais et 10 autres autrichiens, accompagnés de traducteurs, pour les faire travailler dans son usine de Valenciennes, dans le nord de la France. Cet exemple illustre la pénurie de main-d’œuvre qui sévit actuellement en France, et qui est l’un des paradoxes du marché du travail français.

L’année dernière, la France a connu une croissance de 1,9 %, son rythme le plus rapide depuis 2011. Simultanément, de plus en plus d’entreprises se plaignent du manque de travailleurs qualifiés, indique l’INSEE, l’institut national de statistiques français. Malgré cela, le taux de chômage demeure élevé, aux alentours de 9 %.

Une inadéquation entre l’offre et la demande

Les nouvelles méthodes de travail implémentées dans les usines, ainsi que équipements modernes aboutissent à augmenter la demande des travailleurs plus qualifiés. Mais les postes ne sont pas toujours faciles à pourvoir, car les nouvelles compétences requises ne sont pas toujours disponibles sur le marché.

« Le chômage en France est principalement un chômage de travailleurs peu qualifiés. L’inadéquation entre les besoins des entreprises et les compétences disponibles devient évident et très problématique pour la reprise. Cela explique que l’on ne parvienne pas à absorber le chômage structurel élevé en France, en dépit de la croissance économique », affirme Patrick Artus, Économiste en chef chez Natixis.

Un plan de formation

Or, le président français Emmanuel Macron s’est engagé à faire tomber le chômage en dessous du seuil des 7 % d’ici la fin de son mandat en 2022. Pour ce faire, il a annoncé un plan de formation de 15 milliards d’euros pour les chômeurs, souvent des personnes peu qualifiées, ou sans emploi depuis plus d’un an. Le gouvernement veut également mettre l’accent sur l’apprentissage, et négocie avec les syndicats et les employeurs concernant la formation. « Il y a 2 millions de chômeurs en France qui n’ont pas de qualification. Nous sommes en train de réformer les programmes de formation. C’est comme cela que nous allons gagner cette bataille», a-t-il dit.

Le travail détaché en forte hausse

Mais selon Artus, toutes ces mesures ne prendront effet que dans 2 ou 3 ans, et en attendant, la pénurie de main-d’œuvre continuera à se faire sentir sur la croissance.

L’année dernière, entre 200 000 et 330 000 emplois n’ont pas été pourvus en France, faute de bons candidats pour les entreprises, indique le ministère du Travail. En revanche, les entreprises françaises ont fait appel à 500 000 travailleurs détachés, c’est-à-dire 46 % de plus qu’en 2016.

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