Politique

Le mur fait de Trump le prisonnier de sa base

La promesse de construire un mur le long de la frontière américano-mexicaine a fait du président américain Donald Trump le prisonnier de sa propre base.

Le président américain Trump refuse d’approuver un budget provisoire, ce qui signifie que le gouvernement ne pourra continuer à payer ses employés que jusqu’en février. Dans ce budget, aucun montant n’est prévu pour la construction d’un mur le long de la frontière américano-mexicaine. Trump avait précédemment déclaré qu’il souhaitait un « government shutdown » (‘une fermeture du gouvernement’) si aucun financement n’était disponible pour la construction de ce mur. 

Un « non-starter »

Mais les chances que les démocrates se laissent convaincre par une telle proposition diminuent de jour en jour. D’autant que les démocrates formeront à nouveau la majorité à la Chambre des représentants le 3 janvier, après avoir repris plus de 40 sièges aux élections de mi-mandat. Après cette date, Trump aura beaucoup plus de mal à réaliser la plus grande de ses promesses électorales. Mais Trump a également besoin de 60 voix sur 100 au Sénat pour obtenir les 5 milliards qu’il veut pour son mur. Ce qui signifie que là aussi, il faut qu’un groupe de démocrates vote comme les républicains. Mais pour les dirigeants démocrates, un mur est simplement un « non-starter ».

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« Un président sans tripes dans un pays sans mur »

Plus tôt cette semaine, il semblait toujours que Trump abandonnerait sa demande, mais au cours des dernières 24 heures, il a dû faire face à tant de résistance dans ses propres rangs, que les chances qu’un quart de tous les fonctionnaires – et cela correspond à plusieurs centaines de milliers – ne puissent pas se rendre au travail lundi grossissent d’heure en heure. 

« Build the wall » a commencé comme un slogan quelque peu douteux, mais fin 2016, c’était devenu la promesse la plus importante de la campagne Trump. Le président est maintenant pris en otage par cette promesse. Ses partisans – massivement présents sur Twitter – n’ont pas manqué de le lui rappeler ces derniers jours.

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«WALL STALL. TRUMP IN RETREAT ‘

Ann Coulter (photo ci-dessus – 2,1 millions d’adeptes sur Twitter) a publié jeudi un article d’opinion destructeur pour Trump intitulé « Gutless president in wall-less country » (‘Le président sans tripes dans un pays sans mur’). Trump aurait dupé « le peuple américain », a écrit Coulter, et la promesse électorale de construire un mur n’aurait été qu’un mensonge.

Par dessus le marché, le célèbre agrégateur de nouvelles Matt Drudge, qui choisit 9 fois sur 10 le côté du président, a titré mercredi, « WALL STALL. TRUMP IN RETREAT » (Le mur à l’arrêt. Trump bat en retraite’)  sur son site, en lettres, majucules. De même, Breitbart, Fox News  et l’animateur conservateur Rush Limbaugh n’épargnent pas leurs critiques à l’égard du président. Trump « le héros » est soudainement devenu le prisonnier de ses « disciples ».

Un ancien combattant lève 6 millions de dollars pour la construction du mur

Le fait que ce «mur» soit demeuré un désir très vivace pour la base, appara^t clairement avec la campagne de financement participatif sur GoFundMe lancée par Brian Klolfage, un ancien combattant de guerre âgé de 37 ans. En quelques jours, il a réussi à lever 11 millions de dollars auprès de 180 000 personnes. Son objectif final est d’atteindre le milliard de dollars. « Si les 63 millions de personnes qui ont voté pour Trump versent chacune 80 dollars, nous pouvons construire le mur », a déclaré Kolfage, qui a également écrit que les démocrates feraient « tout ce qu’ils pourraient » pour empêcher la construction du mur. « Ils préféreraient voir Trump échouer que voir les Etats-Unis réussir », a déclaré l’ancien combattant.

Mais avec sa politique chaotique sur la Syrie [jeudi matin, sans avertir le ministère de la Défense, il a annoncé qu’il retirerait 2 000 soldats de la zone de guerre, ce qui a entraîné plus tard la démission du ministre de la Défense Jim Mattis] et le mur [pour lequel il a changé d’avis trois fois en une semaine], Trump choisit à nouveau le très court terme. De plus en plus de républicains commencent à se poser des questions sur la politique menée à la Maison-Blanche.  

L’efficacité potentielle d’un tel mur n’a plus aucune importance

Les doutes ont aussi gagné les marchés financiers, et jeudi, ils ont une nouvelle fois fait un bond en arrière et se retrouvent maintenant à leur plus bas niveau en 14 mois. 

Mais Trump continue à marteler qu’il veut le mur. Il sait également qu’aujourd’hui, il existe de nombreux moyens plus efficaces pour protéger une frontière contre les immigrants clandestins qu’un mur. La technologie, par exemple, permet d’empêcher un tiers des immigrants clandestins qui entrent aux États-Unis par avion d’y séjourner plus longtemps que leur visa ne leur permet. Ou E-verify, un système qui permet aux employeurs de vérifier les visas de leurs candidats via Internet avant de leur proposer du travail.

Mais qu’un tel mur soit efficace ou non, Trump ne s’en soucie plus. Il veut ce mur parce qu’il a promis à sa base que ce mur serait construit et qu’il est maintenant prisonnier de cette base.

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