Economie

Le monde se dirige aveuglément vers la prochaine crise

Une action collective est nécessaire... à un moment où plus personne n'en veut

Les risques mondiaux s’intensifient, mais la volonté de s’y attaquer collectivement s’effrite. Partout dans le monde, les partis politiques réclament de « reprendre le contrôle ». C’est ce que l’on peut lire dans un rapport du Forum économique mondial, qui met en garde contre une potentielle crise et une détérioration des conditions géopolitiques.

Il a été élaboré sur base d’une enquête menée auprès d’un millier d’experts et de décideurs. Celle-ci a révélé que près de 90 % des sondés s’attendent à que la confrontation économique qui a débuté entre la Chine et les Etats-Unis en 2019 se poursuive cette année. Les deux super-puissances devraient décider au mois de mars si elles doivent poursuivre les négociations, mais selon les experts, il faut s’attendre à une escalade des tensions, compte tenu de leurs différends.

Le changement climatique, la dégradation de la biodiversité et les cyber-risques

Les risques liés au climat et à l’environnement sont encore un sujet de préoccupation cette année, tant du point de vue de leur probabilité que de l’importance de leur impact potentiel. De même, l’accélération de la dégradation de la biodiversité, puisqu’au cours des cinquante dernières années, nous avons perdu 60 % des espèces animales et végétales. Toutefois, les experts s’inquiètent surtout des menaces biologiques, qu’elles soient d’origine naturelle ou humaine. Le rapport cite par exemple la montée du niveau de la mer.

Désormais, les experts classent également les cyber-risques, parmi lesquels ils intègrent les infox (« fake news »), les pertes de données, l’érosion de la confidentialité, ou les cyber-attaques, dnas le « top 5 » des risques les plus probables pour les entreprises.

Les risques politiques et la tentation du repli sur soi

Le rapport mentionne également d’autres grandes classes de risques, y compris l’accentuation de la polarisation de la société, l’écart croissant entre les revenus et les richesses, et la montée des sentiments nationalistes dans le monde entier.

Selon Borge Brende, président du Forum économique mondial, le monde d’aujourd’hui est entré dans « une ère caractérisée par des ressources et des avancées technologiques sans précédent, mais pour de trop nombreuses personnes, il s’agit aussi d’une ère d’insécurité« .

Ils rappellent cependant que le monde s’améliore globalement, par rapport à ce qu’il était au cours des décennies et des siècles précédents. Les gens vivent plus longtemps, les économies continuent de croître et la démocratie se répand. Mais nous sommes également confrontés à des défis complexes et interdépendants, notamment un ralentissement économique inquiétant, des inégalités persistantes, une transformation numérique rapide et le changement climatique. »

Une action collective est nécessaire… à un moment où plus personne n’en veut

Or, face à ces menaces, différentes forces politiques du monde entier, tels que le président Donald Trump aux Etats-Unis, ou les tenants du Brexit au Royaume-Uni, militent pour « une reprise de contrôle » au plan domestique, plutôt que de chercher à s’associer avec leurs homologues d’autres pays pour y faire face. Et alors même qu’il faudrait élaborer des réponses collectives, les divisions « se cristallisent » et l’on observe « une polarisation croissante dans de nombreux pays », souligne le rapport.

Le système multilatéral est sous pression, et même au sein de l’Union européenne, qui est toujours considérée comme l’organisation transnationale la plus réussie de l’histoire, la solidarité décline, note-t-il.  Dans de nombreux pays européens, les gouvernements veulent créer un nouveau contrat social pour endiguer la montée en puissance des partis populistes.

« Le monde se dirige-t-il à l’aveugle vers une crise ? Les risques mondiaux s’intensifient,  mais la volonté collective de s’y attaquer semble absente », écrivent les auteurs. Dans un tel contexte, une coopération plus étroite est plus nécessaire que jamais, surtout pour juguler le ralentissement économique issu de la dynamique actuelle grâce à une action coordonnée pour soutenir la croissance et lutter contre les grandes menaces d’aujourd’hui.

Une dimension personnelle

Néanmoins, le rapport souligne que les dissensions qui sont apparues ont surtout une dimension personnelle. Le sentiment d’impuissance et de perte de contrôle des citoyens, et le stress qui y est associé, favorise l’érosion de la cohésion sociale, et l’émergence de partis politiques appelant à « reprendre le contrôle des organisations multilatérales ».

« Nous aurons besoin de nouveaux moyens pour réaliser une mondialisation qui réponde à cette incertitude. Cela nécessite de nouvelles approches ou des ressources supplémentaires », conclut le rapport

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