‘Le monde financier entre dans une ère dans laquelle ce sont des robots qui dicteront les cours du marché’

La « singularité », ce moment où les machines deviennent plus intelligentes que nous, se rapproche, affirme le physicien Mark Buchanan dans Bloomberg. Pour l’instant, c’est encore de la science fiction dans la plupart des domaines, mais avec les grands progrès des systèmes informatiques et des moyens de communication, la finance est entrée dans une transition.

Le courtage s’accélère tant qu’il atteint une vitesse que les humains ne peuvent plus soutenir. Le 6 mai 2010, le « Flash Crash », un krach boursier qui s’est opéré en quelques instants durant lesquels le Dow Jones a perdu 9%, en était un des signes avant-coureurs.

Dans une récente étude, le physicien Neil Johnson et son équipe ont trouvé plus de 18.000 cas au cours des 5 dernières années où les marchés s’étaient successivement effondrés puis avaient flambé au moins 10 fois de suite, provoquant des mouvements de cours de plus de 0,8% en l’espace d’au plus une seconde et demi. Certains de ces emballements s’étaient déroulés en moins d’un dixième de seconde. Et il y en avait eu une dizaine de cette sorte chaque jour.

Au cours de la même étude, les chercheurs ont examiné les mouvements sur deux échelles de temps : au dessus d’une seconde et en dessous. Ils ont observé une différence saisissante : les périodes d’une seconde ou plus étaient marquées par la distribution « Mandelbrotienne » (fat-tail), qui est la norme sur les marchés boursiers, et qui reflète la recherche de différences de cours significatives. En revanche, la distribution des évènements qui se déroulaient en moins d’une seconde semblait correspondre à ce que l’on appelle un cygne noir : un évènement totalement imprévisible avec un très fort impact.

Or, pour les chercheurs, une seconde, c’est l’ordre de grandeur de la durée de prise de décision humaine. Les grands joueurs d’échecs, par exemple, sont capables de décider de leurs coups en 2/3 de seconde. Dans chaque domaine de compétence, les experts de ce domaine sont eux aussi capables de décider aussi rapidement .

Doit-on en conclure que les marchés sont déjà tellement automatisés qu’à un certain point, ce ne sont plus les hommes qui décident des cours, mais les algorithmes des machines ? En fait, les modèles mathématiques montrent que c’est plutôt une affaire de densité du marché. Ce que l’on appelle densité, ici, c’est l’étendue des stratégies adoptées pour décider des transactions. Lorsque leur gamme est très grande, on parle d’un marché peu dense. Dans ce type de marché, les opérateurs vont penser différemment, réfléchir plus ou moins rapidement, et les bénéfices qu’ils vont empocher seront très variables. Le marché réel se caractérise ainsi.

Lorsqu’un marché se densifie, c’est-à-dire lorsque les stratégies des traders sont très homogènes, la continuité du marché commence à se décomposer en ce que l’on appelle des « fractures », des mouvements brutaux à la hausse ou à la baisse, qui sont de ceux qui s’effectuent en moins d’une seconde. Selon Johnson et ses collègues, le trading à haute fréquence opère dans un marché très dense parce que les algorithmes qui décident des transactions sont programmés pour agir très vite pour gagner sur leurs concurrents. Ce sont donc des programmes simplissimes qui n’évaluent pas tous les paramètres de prise de décision comme on le faisait traditionnellement, parce que cela leur ferait perdre l’avantage de la vitesse. Comme ils sont de plus en plus nombreux, la volatilité des marchés est appelée à se développer, et nous devrions voir de plus en plus de mouvements spéculatifs de grande ampleur sur des durées de plus en plus courtes.

Actuellement, nous sommes dans une phase transitionnelle, où les opérateurs peuvent être soit des hommes ou des algorithmes, et lorsque ce sont des hommes, ils prennent le temps de négocier en basant leurs décisions sur un certains nombre d’informations et de paramètres. Plus tard, les marchés seront dictés par les machines, et mus à la vitesse des étincelles.

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