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Le chirurgien devient de plus en plus maladroit

Les professeurs des facultés de médecines des Etats-Unis et de Grande-Bretagne ont constaté un net déclin de la dextérité manuelle des futurs chirurgiens. Il y aurait plusieurs raisons à cela, écrit Kate Murphy, rédactrice en chef du New York Times.

D’une part, cela serait dû au fait qu’il y a moins de cours pratiques dans les écoles primaires et secondaires. D’autre part, selon certains, les chirurgiens potentiels passent plus de temps à taper et à consulter des écrans d’ordinateurs plutôt qu’à développer des habiletés motrices fines comme c’est le cas pour le travail du bois, la construction ou encore la couture.

Jeunesse

« Il existe un langage tactile qu’il est facile d’oublier ou d’ignorer », explique le Dr Robert Spetzler, ancien président et directeur général du Barrow Neurological Institute à Phoenix. « Et tout comme le langage verbal, ce langage tactile est plus facile à acquérir quand on est jeune. Plus tôt vous commencez à faire une tâche physique et répétitive, plus la motricité devient ancrée et instinctive. Ce qui fait un bon chirurgien, c’est une pratique implacable. »

Spetzler explique avoir développé sa dextérité lorsqu’il était enfant grâce à sa pratique du piano. La littérature scientifique regorge d’études montrant qu’il existe une corrélation entre l’expérience des chirurgiens et les résultats lors des opérations des patients. Plus le chirurgien effectue de nombreuses procédures, plus ses patients seront hospitalisés moins longtemps, plus ils auront des chances de souffrir de moins de complications et plus ils auront de chances de survivre.

Selon Kate Murphy, cela pose un problème aux étudiants en médecine d’aujourd’hui, en particulier à ceux qui manquent de dextérité. Ces étudiants sont confrontés aux règles régissant leur capacité de travail. Aux Etats-Unis, l’introduction de la semaine de travail maximale de 80 heures en 2003 a eu pour conséquence inattendue de limiter la disponibilité des étudiants en chirurgie à participer aux opérations et à affiner leurs compétences. Les générations précédentes pouvaient participer à beaucoup plus d’interventions. On estime que les contraintes de travail actuelles font perdre aux étudiants américains une expérience d’un an.

Sélection

En outre, la chirurgie est devenue un domaine beaucoup plus étendu que par le passé. Il y a de plus en plus de nouvelles technologies et techniques. Certaines des nouvelles technologies exigent moins de dextérité manuelle et davantage de compétences et de réflexes qu’on acquiert par exemple en jouant à des jeux vidéo. Mais néanmoins, la répétition et l’expérience restent encore nécessaires pour bien réussir.

« Les étudiants en médecine doivent aujourd’hui être formés pour un plus grand nombre de méthodes que les générations précédente », a déclaré le Dr Douglas Tyler, président du département de chirurgie de l’Université du Texas.

Maria Siemionow, experte en transplantation au College of Medicine de Chicago, se demande également s’il serait peut-être temps de reconsidérer la manière dont les étudiants en médecine sont sélectionnés pour les programmes de chirurgie. Le système actuel sélectionne les stagiaires en chirurgie en fonction de leurs capacités intellectuelles. « Mais en réalité, être un bon chirurgien n’a rien à voir avec cela », explique-t-elle.

« Ce qui compte, c’est la façon dont ils manipulent les instruments et le type de contact qu’ils ont avec les tissus, ainsi que la manière dont ils réagissent et s’adaptent aux situations de stress en salle d’opération. »

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