Economie

« L’Allemagne maquille ses comptes pour masquer l’ampleur de son excédent courant »

L’Allemagne manipuleles chiffres pour minorer son excédent de compte courant annuel, affirment deséconomistes allemands. Le véritable chiffre (en termes réels) serait supérieur deprès de 80 milliards d’euros à celui qui est déclaré aux instancesinternationales. Ces trucages auraient pour objectif de désamorcer lescritiques internationales qui s’intensifient. C’estce qu’affirme Ambrose Evans Richard, un journaliste britannique très renommé duTelegraph.

« Ils truquent lescomptes, pour que l’on ne voit pas que l’excédent augmente. Ce qu’ils font estune forme de ‘lissage politique’, mais très peu de gens comprennent cela »,affirme le professeur Heiner Flassbeck,ex-secrétaire d’État aux Finances, qui enseigne désormais à l’université d’Hambourg.

L’Allemagne, championne du monde, loin devant la Chine

L’excédent courant allemand a été le plus élevé du monde en 2017,atteignant 287 milliards de dollars en valeur absolue, loin devant la Chine.Cela fait plusieurs années qu’il dépasse de 8 % le PIB du pays. Et bien qu’ilconstitue une violation de la règle en matière de déséquilibresmacro-économiques au sein de la zone euro, rien n’a été fait pour changer cettesituation.

Flassbeck et son collègue, l’économiste Friederike Spieker, affirment queles données de la Bundesbank s’écartent fortement des analyses publiées par l’agencenationale de statistiques. Ces dernières montrent que la croissance allemandeprovient pour 80 à 90 % de ses exportations. « Il devient impossible de parlerd’un cycle économique qui serait mené par la demande domestique pour l’essentiel.Il serait plus juste de parler d’une expansion du mercantilisme allemand et deviolations plus graves des principes du marché libre », affirment-ils.

Un cycle vertueux… uniquement pour les entreprises allemandes

Outre qu’il nuit aux autres pays de la zone euro, cet excédent courantimplique également que les travailleurs allemands ne reçoivent pas lacontrepartie totale du fruit de leur travail. En effet, les gains deproductivité qu’ils ont acquis profitent principalement aux entreprisesexportatrices et aux élites. Depuis les années nonante, l’épargne desentreprises a continuellement augmenté, et elle atteint maintenant 6,6 % du PIBallemand.

Chez nos voisins de l’Est, on considère souvent cet excédent courantcomme le reflet de la grande sagesse du pays en matière de politiqueéconomique. On souligne également qu’il permettra de préparer le pays auvieillissement de sa population et aux conséquences de ce phénomène sur lacroissance économique… Ce qui dissuade de l’utiliser maintenant.

Au sein de la zoneeuro, beaucoup ont critiqué l’Allemagne de ne pas l’avoir absorbé en organisantdes transferts sous forme d’investissements ou de consommation qui auraientaidé les pays en difficulté de la zone euro. Au lieu de cela, les Allemands ontinvesti dans des titres étrangers. Ainsi, l’Allemagne a prêté l’argent qu’ellegagnait grâce à son excédent commercial aux pays où elle exportait sesproduits, afin de leur permettre d’acheter encore plus de biens allemands

« L’Allemagne manipulel’euro »

L’année dernière,Peter Navarro, le conseiller économiqueen chef du Président américain Donald Trump, a déclaré que l’Allemagne » manipulait l’euro ». L’appartenance du pays à la zone euro luipermet de profiter des effets de la politique d’injection massive de capitauxdans l’économie impulsée par la banque centrale européenne. Selon Navarro, ilen résulte une « très nette sous-évaluation » de la monnaie allemande, grâce aumécanisme de l’Union monétaire.

De plus, c’est aussil’Allemagne qui a imposé une cure d’austérité à toute l’Europe, et enparticulier aux pays de la périphérie, forçant ceux-ci à développer leursexportations pour sortir de la crise. En conséquence, la zone euro elle-mêmeenregistre maintenant un excédent de 430 milliards de dollars.

Un nouvel adversaire :Trump

Mais le pays est maintenantconfronté à un nouvel objecteur, bien moins docile et bien plus puissant que lesmembres de l’UE: le président des États-Unis, Donald Trump. Il est peu probablequ’il se désintéresse de cette question, d’autant qu’aux États-Unis, onsoupçonne la Banque Centrale européenne de pratiquer des taux d’intérêt négatifs(-0,4 %) pour maintenir la parité de l’euro au plus bas.

Selon Gary Hufbauer, un expert en commerce duPeterson Institute, Trump pourrait être tenté d’activer la « section 232 », untexte qui l’autorise à imposer des sanctions de sa propre autorité. « Il s’enprendra très certainement à l’acier européen, et pour suivre, il imposera trèsprobablement une forme de quotas sur les voitures », dit-il.

L’Europe bientôtimpliquée dans une guerre commerciale ?

« Réciproque » et « juste » sont des mots que l’on entend souvent dans la bouche du président.Selon l’expert, l’Allemagne est très « injuste » pour le président ence qui concerne les automobiles, parce que l’Union Européenne impose des droitsde douane de 10 %, tandis que ceux qui s’appliquent sur les voituresaméricaines entrant dans le bloc ne sont que de 2,5 %.

Si Trump décideeffectivement d’augmenter les droits de douane, il est probable que l’UE organisedes représailles. La défiance que les Américains éprouvent pour l’Allemagnepourrait donc entraîner l’ensemble des pays européens dans une guerrecommerciale qui pourrait être très préjudiciable aux grands partenaireseuropéens des États-Unis, comme l’Irlande…maisaussi la Belgique.

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