Economie

L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du Commerce a-t-elle été une bonne chose, finalement ?

Lorsqu’il avait plaidé pour l’inclusion de la Chine dans l’Organisation mondiale du Commerce au début des années 2000, le président américain d’alors, Bill Clinton, était certain que cette adhésion permettrait au peuple chinois d’accéder à la prospérité et la démocratie. 17 ans plus tard, quel est le bilan réel de cette adhésion ? Le Wall Street Journal tente de répondre à cette question.

La Chine du début des années 1990 était bien différente de celle d’aujourd’hui. En 1994, le taux de l’inflation culminait à 24 %, et 60 % de la population chinoise disposait de moins de 1,90 $ par jour pour vivre. Les rues étaient encombrées de bicyclettes, tandis que les voitures étaient assez rares.

La Chine a dû faire des concessions pour être admise au sein de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) : elle a dû réduire ses droits de douane à l’égard des autres membres, permettre aux entreprises étrangères d’investir dans le pays et autoriser les banques étrangères à y mener leurs opérations. Le pays avait également accepté de limiter ses exportations vers les États-Unis lorsque celles-ci étaient susceptibles de menacer les entreprises américaines concurrentes.

Un décollage économique

Des économistes, des ONG et des groupes de défense des droits humains s’étaient opposés à l’adhésion de la Chine à l’OMC. Robert Scott, un économiste de l’Economic Policy Institute, avait calculé en 2000 que la concurrence chinoise coûterait près d’un million d’emplois aux usines américaines.

Dans les 10 ans qui ont suivi l’adhésion de l’Empire du Milieu, les investissements étrangers en Chine ont presque triplé, passant de 47 milliards de dollars en 2001 à 124 milliards en 2011. Les multinationales étrangères se sont installées dans le pays pour profiter du vaste marché chinois, et la Chine est devenue l’usine du monde. Selon la Banque Mondiale, près de 400 millions de Chinois sont sortis de l’extrême pauvreté depuis 1999. Les consommateurs chinois ont soutenu la demande mondiale pendant la récession des années 2008 et 2009. Les projets d’infrastructure chinois, gourmands en matières premières, ont contribué au développement d’autres pays émergents.

Des bénéfices pour l’économie américaine et le reste du monde

L’économie américaine a également largement bénéficié de l’essor chinois. L’année dernière, Apple y a réalisé 20 % de son chiffre d’affaires, contre 12 % en 2011. Les importations de produits chinois bon marché ont permis de limiter l’inflation, tandis que les achats chinois de Bons du Trésor américains ont contribué à réduire les taux d’intérêt américains. Le pouvoir d’achat des ménages américains s’en est trouvé accru.

Mais l’adhésion de la Chine n’a pas été une bénédiction sur tous les plans. Selon l’équipe de l’économiste du MIT David Autor, la concurrence chinoise aurait coûté 2,4 millions d’emplois américains entre 1999 et 2011. 

L’ambition de Bill Clinton, l’ouverture politique vers plus de démocratie, ne s’est pas matérialisée. Les autorités chinoises ont durci leur contrôle, restreignant l’accès à Internet, et les opposants politiques sont encore emprisonnés.

Les entreprises étrangères sont en concurrence avec le puissant Etat chinois

Sur les dernières années, le pays a remis l’accent sur ses firmes étatiques, et l’investissement d’État progresse désormais 3 fois plus rapidement que les investissements des entreprises privées. Les dirigeants chinois veulent faire de leur pays le leader mondial des semi-conducteurs, des voitures électriques, de la robotique, et d’autres secteurs de haute technologie, et y investissent massivement. En conséquence, ces firmes sont dotées d’une force de frappe contre laquelle les entreprises étrangères, mises en concurrence contre le puissant Etat chinois, ne peuvent lutter. Nombreuses ont été celles qui ont été contraintes de mettre la clé sous la porte dans le secteur de l’éolien et du solaire pour cette raison.

Selon Brad Setser, un expert en devises du Council on Foreign Relations, le yuan a été sous-évalué de près de 30 % dans les années qui ont suivi son adhésion, ce qui a largement contribué à favoriser les produits chinois, au détriment de leurs équivalents étrangers.

Des promesses non tenues

Enfin, la Chine n’a pas forcément tenu les promesses qu’elle avait faites dans le cadre de son adhésion à l’OMC. Les banques étrangères n’ont jamais été autorisées à effectuer leurs opérations en yuan. Le pays s’était également engagé à ne pas forcer les entreprises étrangères à lui transférer sa technologie, mais des données provenant de la Chambre de Commerce américaine de Shanghai montrent qu’une entreprise américaine sur 5 affirme que ces transferts étaient une condition sine qua non pour son installation en Chine.

Occasionnellement, l’Empire du Milieu a également joué au chat et à la souris avec l’OMC, érigeant momentanément des barrières douanières pour nuire aux sociétés étrangères concurrentes.

“La question de fond n’est pas si la Chine a respecté le très grand nombre d’obligations [liées à l’adhésion à l’OMC], mais plutôt si elle en a respecté l’esprit”, conclut le Professeur Mark Wu, qui enseigne à l’Ecole de Droit d’Harvard, et qui est expert dans les questions relatives à l’OMC. 

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