Economie

« La transition énergétique menace de provoquer un gigantesque krach mondial »

L’économie mondiale est menacée par une grave récession en raison du passage à l’énergie verte, et de l’éclatement soudain de la « bulle carbone » que nous connaissons actuellement, conclut une étude, menée par l’Université de Cambridge. Elle affirme qu’une transition trop rapide vers des sources d’énergie renouvelables est susceptible de provoquer une crise financière mondiale.

Les auteurs de l’étude, publiée dans Nature Climate Change, ont modélisé les changements économiques et environnementaux mondiaux en tenant compte de l’évolution des technologies à faible émission de carbone.

La « bulle carbone »

Ils constatent que les actifs liés au sources d’énergie fossiles sont actuellement surévalués, en raison de l’impératif de réduire les gaz à effet de serre auquel le monde est confronté. Il existe donc une “bulle carbone”, vouée à éclater, comme le sont toutes les bulles économiques.

Les combustibles fossiles sont traditionnellement un investissement financier sûr, et compte tenu des hausses de prix prévues jusqu’en 2040, et de l’opposition de certains pays à adhérer à l’Accord de Paris, la confiance des investisseurs devrait rester élevée.

Une transition énergétique rapide

Pourtant, de nouvelles recherches suggèrent que l’engouement pour les énergies vertes entraînera une baisse spectaculaire de la demande pour ces combustibles dans un proche avenir. La transition vers les énergies vertes progresse actuellement au rythme annuel de 8% et celle vers les voitures électriques, de 10 % par an. Elle pourrait ainsi condamner les vastes réserves de carburant des compagnies pétrolières à l’obsolescence et la dévaluation dès 2035, une échéance bien plus rapide que beaucoup d’analystes ne l’avaient prévu. En conséquence, le cours des carburants fossiles pourrait s’effondrer brutalement lorsque les investisseurs le réaliseront.

L’éclatement de l’énorme bulle des actifs pourrait se solder par l’envol en fumée de 1.000 à 4.000 milliards de dollars américains (de 850 milliards à 3.400 milliards d’euros) d’actifs de l’économie mondiale. A titre de comparaison, le krach de 2008 a mené à une perte globale de 250 milliards de dollars américains (environ 213 milliards d’euros).

De façon remarquable, l’étude suggère que le déclin rapide de la demande de combustibles fossiles ne dépend plus de politiques des gouvernements du monde entier. Les simulations des chercheurs montrent que cette baisse aurait lieu, même si les grandes nations n’adoptaient pas de nouvelles politiques climatiques, ou revenaient sur certains engagements antérieurs.

L’Europe relativement épargnée

Le Canada, les États-Unis et la Russie seraient les pays les plus touchés par cette crise, en raison de l’importance des industries de combustibles fossiles dans leur économie. “Les pays de l’OPEP seront les seuls à pouvoir produire des combustibles fossiles à bas prix, et les exportateurs comme les États-Unis et le Canada seront incapables de soutenir la concurrence”, expliquent les chercheurs. Ils avertissent que l’impact sera encore plus grand si les gouvernements en place continuent de négliger les énergies renouvelables, et de privilégier les énergies fossiles. 

En revanche, le Japon, la Chine et de nombreux pays de l’UE qui dépendent actuellement des importations de combustibles fossiles, et subissent leur coût élevé, seraient moins affectés. Cette crise aurait des conséquences politiques, avertissent les auteurs : « Le chômage de masse des industries basées sur le carbone pourrait nourrir le désenchantement public et la politique populiste », prédisent-ils. Ils appellent à une transition “prudemment gérée” vers des investissements et des politiques sobres en matière d’énergie fossile pour dégonfler cette “bulle carbone” en douceur.

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