La plus grande fuite des cerveaux depuis la mort de Socrate … La Grèce déplore l’exode grec de ses citoyens les plus brillants

La Grèce antique était un aimant pour l’élite intellectuelle du monde, mais la crise grecque a provoqué un exode de talents sans précédent dans l’histoire du pays, affirme Ellie Ismailidou de Market Watch.

On estime que 180.000 à 200.000 des citoyens les plus instruits de la nation seraient en train de quitter leur pays. Selon Lois Lambrinidis, professeur de géographie économique à l’Université de Macédoine, cela correspond à environ 10% des diplômés du supérieur grecs.

Nicholas Alexiou, un professeur de sociologie au Queens College de CUNY qui se spécialise dans l’étude des tendances migratoires grecques, confirme que l’on a bien affaire à une fuite des cerveaux, compte tenu de la forte proportion de personnes hautement qualifiées et diplômées.

Une étude menée par l’Institut universitaire européen avait déjà conclu en mars 2014 que la Grèce était en train de perdre « ses citoyens les meilleurs et les plus brillants ». D’après cette étude, 88% de ceux qui quittent le pays sont titulaires d’un diplôme universitaire, 60% d’entre eux sont diplômés d’un master, et 11% ont même un doctorat.

Le rapport de l’IUE montre que 79% de ceux qui ont quitté la Grèce avaient un emploi au moment de leur départ, mais ils pensaient qu’ils n’avaient pas d’avenir dans leur pays (50%), ou qu’ils manqueraient d’opportunités professionnelles (25%).

Une autre étude, réalisée par la firme d’études de marché Kapa, et dont les résultats ont été publiés dans le journal grec To Vima, concluait que près de 70% des jeunes diplômés grecs souhaitaient travailler à l’étranger, et que 10% recherchaient même activement un emploi dans un autre pays. Pour ces candidats à l’émigration, les destinations les plus populaires sont le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas, mais aussi la Belgique, qui recrute beaucoup de Grecs dans les banques et les centres de recherche.

Ces chiffres pourraient même être encore plus importants, dans la mesure où une forte proportion des 35.000 étudiants grecs qui étudient actuellement à l’étranger pourrait décider de ne pas rentrer au pays.

Certains secteurs d’activité seront beaucoup plus affectés que d’autres par cet exode. En mars, le journal Proto Thema avait indiqué que depuis le début de la crise, 7430 médecins grecs avaient quitté le pays. Près de la moitié d’entre eux, 3.500 précisément, sont partis en Allemagne. Selon l’Association médicale d’Athènes, le nombre de médecins qui quittent la Grèce a triplé depuis 2009. La Grèce est devenue le plus grand pourvoyeur de médecins de l’Allemagne.

Natassa Romanou, qui enseigne la recherche à l’Université américaine de Columbia et qui est l’une des représentantes du parti au pouvoir en Grèce Syriza aux États-Unis, commente amèrement cette situation :

L’ironie ne nous quitte pas. Alors que l’Allemagne contrarie les négociations pour le plan de sauvetage grec, d’une certaine manière, elle profite des bénéfices du capital humain qui est en train de fuir le pays ».

La fuite des cerveaux a des conséquences graves pour ce pays qui a perdu un million d’emplois et 25% de son PIB depuis le début de la crise, l’équivalent du PIB perdu par l’économie américaine et européenne en raison de la Seconde Guerre mondiale.

Elle prive le pays des recettes fiscales liées aux impôts sur le revenu et aux taxes sur la consommation, mais elle l’empêche également de générer de la valeur ajoutée de plus haut niveau, explique l’analyste Joan Vidra, qui a autrefois collaboré chez Moody. Le tourisme est également affecté, et alors que l’on a enregistré une hausse du nombre de visiteurs internationaux, les recettes touristiques ont diminué de 36%, selon une étude réalisée par le réseau international d’entrepreneurs Endeavor.

Le Portugal, l’Irlande et l’Espagne ont aussi déploré d’importantes fuites des cerveaux depuis le début de la crise, mais pour la Grèce, remettre l’économie sur la bonne voie est une tâche encore plus herculéenne, et elle a besoin de toutes les forces vives du pays, indépendamment du fait que le pays quitte la zone euro ou pas.

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