Economie

La haine envers les migrants est plus importante dans les régions où il y a peu de femmes

Les zones avec une pénurie relative de femmes présentent un risque plus élevé de violence anti-immigrés. Le nombre de crimes motivés par la haine anti-immigrés est encore plus élevé dans les régions où l’on recense un excédent d’hommes appartenant aux classes les plus défavorisées. Dans ces villes, la concurrence entre les hommes pour les femmes est encore plus rude. Telle est la conclusion d’une étude menée par des scientifiques de l’Université de Princeton au New Jersey et de la Humboldt Universität de Berlin.

Des études antérieures ont montré que les femmes recherchent leurs partenaires dans le même groupe social ou dans un groupe social supérieur. Cela réduit les chances des hommes appartenant aux catégories de revenus les plus faibles de trouver un partenaire, ce qui pourrait alimenter la haine contre les immigrés.

Crainte

« Avec l’augmentation du nombre de réfugiés dans le monde, la violence à l’encontre des immigrés est un problème croissant », souligne Rafaela Dancygier, responsable de la recherche, professeur de sciences politiques à l’Université de Princeton. « Dans les zones où le nombre d’hommes est élevé, et plus particulièrement chez les hommes à faible revenu, les hommes interrogés étaient en réalité les plus inquiets de la concurrence avec les immigrés pour les femmes locales. »

Selon la chercheuse, les hommes qui craignent le plus cette concurrence sont aussi les plus grands partisans du recours à la violence pour éloigner les immigrés indésirables. Les crimes motivés par la haine semblent augmenter dans les régions où les hommes sont moins susceptibles de trouver un partenaire.

« S’engager dans la violence anti-immigrés peut alors être un moyen d’exprimer sa masculinité, en particulier pour les hommes mis au défi par des réfugiés dont la prétendue « masculinité brute » est perçue comme particulièrement attirante pour les femmes autochtones », explique Dancygier .

En Allemagne, il existe également un climat malsain à l’égard des « entraîneurs de flirt ». Ces derniers ont tenté de former les nouveaux immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique aux règles d’interaction efficace et socialement approuvée avec les femmes allemandes. Certains de ces entraîneurs ont été forcés de faire appel à des services de sécurité privés ou de demander la protection de la police en raison des menaces proférées par les membres de la droite.

Erreur

« Sur les sites Web de droite et les comptes de réseau sociaux, on observe de nombreuses craintes au sujet des « migrants qui volent les femmes allemandes », affirment les chercheurs. Cette attitude est souvent présentée comme une préocuppation pour la sécurité des femmes qui pourraient être la cible d’agressions d’immigrés comme cela fut le cas le 31 décembre 2015, près de la gare de Cologne.

« Toutefois, il s’agit probablement d’un renversement du raisonnement de la concurrence. Les attitudes envers les femmes parmi les extrémistes de droite sont généralement assez misogynes et la violence à l’égard des femmes n’est pas problématique. Lorsque les groupes d’extrême droite présentent les hommes immigrés comme des prédateurs sexuels, ils revendiquent souvent avec possessivité « leurs » femmes ».

“Si la théorie de Dancygier est correcte, cela ne signifie évidemment pas que les autres motifs de violence anti-immigrés ne sont pas valables », explique Leonid Bershidsky, éditiorialiste de l’agence de presse Bloomberg.

En Allemagne, comme dans d’autres pays, les régions où vivent beaucoup plus d’hommes que de femmes sont essentiellement rurales et pauvres. Les femmes de ces régions seront plus enclines à partir s’installer dans les villes. Ces communautés ont souvent tendance à être fermées, voire hostiles aux étrangers – et les immigrés issus de milieux culturels non occidentaux se démarquent davantage que dans une grande ville.

Intégration

En outre, il faut également prendre en compte les facteurs économiques, l’impact des réseaux sociaux propageant la haine et le pouvoir historique des mouvements d’extrême droite, souligne Bershidsky.

Cependant, les conclusions de Dancygier remettent en cause l’idée selon laquelle la plupart des problèmes d’immigration peuvent être résolus par une action forte et intelligente en matière d’intégration.

« L’intégration des nouvelles populations d’immigrés ne résout pas le problème de la concurrence des femmes – en fait, cela peut même l’exacerber. Les autorités allemandes ont peut-être commis une erreur en envoyant des migrants dans des régions rurales. Il aurait peut-être été plus intelligent de les accueillir dans des régions caractérisées par un meilleur équilibre hommes-femmes. »

« Alors que de plus en plus de demandeurs d’asile apprennent l’allemand et cherchent leur avenir dans les grandes villes, cette erreur pourrait éventuellement être corrigée », reconnaît Bershidsky. « Pour le moment, cependant, cette politique a créé des tensions dans l’Est post-communiste et dans les petites villes de l’Ouest. »

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