Economie

« La Chine s’approprie lentement le secteur pétrolier vénézuélien »

Au Venezuela, la chute de la production de pétrole, liée auxdifficultés économiques du pays, et au mauvais état des installations de lacompagnie pétrolière étatique, PDVSA, livre le pays au bon vouloir de sescréanciers. Ceux-ci pourraient profiter de cette situation pour prendre lecontrôle sur une grande partie de l’industrie pétrolière du pays, affirme unthink tank américain. 

La production de pétrole du Venezuela s’est encore effondréede 100 000 barils par jour en mars. PDVSA, lacompagnie pétrolière d’État du Venezuela, est au bord de l’effondrement enraison des problèmes de récession, d’inflation galopante, de pénurie et decriminalité du pays. Sa production a atteint son plus bas niveau en 30 ans. L’annéedernière, les installations de PDVSA, mal entretenues, n’ont tourné qu’à 20 % deleur capacité. Cette chute de la production alimente une spirale infernale pourle pays : comme les ventes de pétrole sont en baisse, les recettes sontinsuffisantes pour investir et entretenir les installations, ce qui aboutit àune nouvelle baisse de la production.

Les prêteurs du Venezuela en situation d’imposer leurs conditions

Mais il y a pire : la Russie, et surtout la Chine, lescréanciers historiques du Venezuela, pourraient profiter de cette situationpour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière dont dépend l’intégralité del’économie vénézuélienne. C’est ce qu’affirme le groupe de réflexion Center forStrategic & International Studies (CSIS), basée à Washington.

Dansson rapport, il explique que la Chine a exploité la situation désespérée duVenezuela pour le forcer à signer des accords qui lui sont surtout profitables à elle, et qui risquent d’aggraver les difficultés économiques du pays.

Au cours des 10 dernières années, la Chine aurait accordéplus de la moitié des prêts qu’elle a consentis en Amérique latine au Venezuela.Au total, ce dernier lui aurait emprunté 62 milliards de dollars (environ 50 milliards d’euros), et encoreaujourd’hui, la Chine demeure le plus gros créancier du pays, qui reste luidevoir 23 milliards de dollars (environ 19 milliards d’euros). Pendant des années, le Venezuela a remboursé sesprêts en nature, avec des livraisons de pétrole. L’année dernière, par exemple, il aurait envoyé environ 330 000 barils à la Chine, pour lesquels il n’adonc rien perçu en échange.

Le mois dernier, Reuters a rapporté que la Chine commençaità perdre patience, et qu’elle avait indiqué qu’elle ne voulait plus prêter d’argentau Venezuela.

Un manque de transparence qui favorise la corruption

De plus, les circuits des prêts empruntés par la Chine sontopaques. Selon le CSIS, les capitaux transitent par Hong Kong, et sont souventadressés à des destinations non précisées. Pour le Venezuela, un pays auxprises avec une corruption rampante, ce manque de transparence est unemalédiction de plus. « La communauté internationale devrait se montrersceptique à l’égard des arrivées continuelles de capitaux intraçables affluantdans un pays avec une histoire de corruption, de narco-trafic, et sans aucunsfreins et contrepoids », écrit le CSIS dans son rapport.

Plutôt que d’acheter de la nourriture et des produits debase dont le peuple vénézuélien manque cruellement, cet argent est consacré à l’achatd’armes, ce qui explique pourquoi le Venezuela est le 21e pays leplus dépensier en armement, et même le premier en Amérique latine.

Un pays au bord du défaut de paiement

En conséquence, le pays est au bord dudéfaut de paiement avéré. Le CSIS affirme qu’il n’a pas honoré le paiementde ses obligations souveraines depuis septembre 2017, et qu’il seraitactuellement en état de défaut sur 16 obligations souveraines pour un total de1,81 milliard de dollars (environ 1,47 milliard d’euros). Et cela ne devrait pas s’arranger, puisque le paysdoit rembourser 9 milliards de dollars de dettes (environ 7 milliards d’euros) qui tomberont à échéance cetteannée.

Si le pays tombe véritablement en défaut de paiement, il n’auraplus guère d’autre choix que d’accepter que ses créditeurs, au premier rangdesquels la Chine et la Russie, s’emparent de la majorité de son pétrole, ne lui laissant plusque la portion congrue.

De nouvelles sanctions américaines ne feraient probablement qu’empirerla situation du pays, et qu’accélérer la survenance d’un défaut, affirme le thinktank. Ce qui implique… un resserrement de l’emprise de la Chine.

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