La Chine ne se demande plus comment utiliser ses réserves de devises, mais si elle en a encore assez

En Chine, il est devenu difficile de dissocier ce qui semble être des investissements de diversification prudente, des pures fuites de capitaux, affirme le Financial Times.

Le journal donne quelques exemples: il rappelle que le mois dernier, la société chinoise Dalian Wanda a racheté la firme organisatrice des triathlons Ironman d’une société d’investissement américaine pour 650 millions de dollars. Ou que les touristes chinois profitent de la valorisation plus forte du yuan pour acheter massivement des biens de luxe dans les pays développés, qu’ils revendent ensuite chez eux avec une grosse plus-value…

Peu importe la nature réelle de ces flux financiers; ce qui compte, c’est leur ampleur. Au cours de l’année qui s’est achevée à la fin de ce mois de juin, ces flux financiers ont représenté plus de 500 milliards de dollars, sans compter les remboursements de dettes, d’après des chiffres de Citigroup.

Les réserves en devises colossales de la Chine, qui avaient atteint près de 4.000 milliards de dollars, ont été réduites à moins de 3700 milliards de dollars, et elles devraient encore fondre jusqu’à 3.300 milliards de dollars d’ici la fin de cette année, a calculé Citibank.

La Chine avait largement contribué à inonder les marchés de dollars avec ses recettes en devises liées à l’exportation. Les Chinois ont investi à peu près partout, dans des fermes en Afrique, des ports au Sri Lanka et au Pakistan, des laiteries en Nouvelle Zélande, des firmes dans le domaine de l’énergie au Canada, et même… dans des bons du Trésor américains.

Ces derniers temps, l’Empire du milieu s’était illustré avec des initiatives internationales telles que la création de l’Asian Infrastructure Investment Bank, ou ses projets “Route de la Soie” pour recycler ses piles de dollars. Mais désormais, la question n’est plus de savoir comment réutiliser ces réserves, mais plutôt si le pays dispose encore de réserves suffisantes.

“Ce ne sont pas les reventes massives d’actions chinoises, ni la faiblesse de la devise qui comptent le plus. C’est ce qui se passe avec les réserves de devises chinoises, et ce que cela signifie pour la liquidité internationale. Les actions de la Banque Populaire de Chine équivalent à un QE inverse, ou, en d’autres mots, à un Quantitative Tightening (‘Resserrement quantitatif’, c’est à dire à un retrait de liquidités du marché par la Banque centrale)”, explique George Saravelos, analyste devises pour la Deutsche Bank.

La Banque Populaire de Chine souhaite que la valorisation du yuan évolue pour être davantage le reflet des conditions de marché. Selon certains analystes, cela implique une dévaluation supplémentaire de la monnaie chinoise, parce que les fuites de capitaux risquent de s’accentuer.

Les engagements (dettes) chinois en devises se montent actuellement à 1000 milliards de dollars, et même 1500 milliards de dollars si l’on compte les dettes des filiales hong-kongaises de sociétés chinoises, c’est à dire 15% du PIB de la Chine, et 40% de ses échanges internationaux. La dépréciation du yuan, conjuguée à la déflation dans le pays, renchérit le service de la dette du pays.

“La combinaison d’un futur resserrement de la politique de la Fed, de la réduction des montants d’argent que les producteurs de pétrole doivent recycler, et des conséquences incertaines des changements rapides qui s’opèrent en Chine devrait suffire pour convertir la plupart des “haussiers” en “baissiers” craintifs sur les marchés boursiers”, conclut le journal.

 

 

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