Politique

Les Américains espèrent mettre fin au conflit israélo-palestinien avec de l’argent

Le président américain Donald Trump a chargé son gendre et conseiller, Jared Kushner, de plancher sur une solution éventuelle au conflit israélo-palestinien. Le 22 juin dernier, Kushner a présenté le résultat de ses travaux. Les observateurs qui pensaient que toute solution prévoirait la création d’un Etat palestinien, et la fin de l’occupation des territoires palestiniens par les Israéliens en seront pour leurs frais. En effet, son projet, nommé « Peace to Prosperity » (‘de la Paix à la prospérité’), ressemble plutôt à « un prospectus de promotion immobilière sur papier glacé », affirme le site Quartz

Avant d’être conseiller à la présidence américaine, Kushner possédait, comme son beau-père, une firme immobilière, rappelle le site.

Des investissements… Mais aucune solution politique

Sa proposition, « qui regorge de mots à la mode, de graphiques et de tableaux », repose sur 3 pilliers :

  • Libérer le potentiel économique ;
  • Autonomiser le peuple palestinien ;
  •  Renforcer la gouvernance palestinienne.

Elle promet des investissements dans l’entreprise privée, l’éducation, les services de santé et le gouvernement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. « S’il est mis en œuvre, Peace to Prosperity donnera au peuple palestinien les moyens de construire la société qu’il aspire à établir depuis des générations. Avec l’appui de la communauté internationale, cette vision est à portée de main. En fin de compte, cependant, c’est au peuple palestinien qu’il appartient de le déclencher. Ce n’est que par la paix que les Palestiniens pourront parvenir à la prospérité », promet-elle.

Mais de solution politique au conflit israélo-palestinien, nenni… La proposition évite soigneusement toutes les questions épineuses ; elle mentionne à peine Israël, et n’aborde absolument pas la question d’un Etat palestinien. Le statut de la ville de Jérusalem, le droit au retour des Palestiniens, l’avenir des colonies israéliennes dans les territoires occupés, ou la question des frontières n’y sont absolument pas évoqués. Ce qu’elle contient, c’est « surtout une carotte et un avertissement », résume Quartz.

Un rejet franc et massif des dirigeants Arabes

Dans ces conditions, il n’est donc pas si étonnant que cette proposition ait été rejetée par les dirigeants arabes du Soudan au Koweït, qui l’ont qualifiée de « perte de temps colossale », de « cause perdue », ou encore de « morte à son arrivée »,  et ne l’ont guère prise au sérieux. « L’accord du siècle est (…) une concession unilatérale, du côté arabe, tandis que l’occupant gagne tout : la terre, la paix et l’argent du Golfe », a jugé le député koweïtien Osama Al-Shaheen.

« Ce projet a été conçu par des agents immobiliers, et non par des politiciens. Même les pays arabes décrits comme modérés ne peuvent affirmer ouvertement qu’ils le soutiennent », a déclaré l’analyste égyptien Gamal Fahmy à Reuters.

L’Autorité palestinienne a décidé de boycotter la réunion de Bahreïn, au cours de laquelle elle devrait être présentée officiellement, affirmant que seule une solution politique permettrait de résoudre le conflit israélo-palestinien. Les dirigeants palestiniens ont vu les « promesses abstraites » de Kushner comme une tentative visant à corrompre les Palestiniens afin qu’ils acceptent l’occupation israélienne.

Une proposition d’affaires

La proposition de Kushner a également reçu un accueil réservé en Israël. « Le soi-disant « accord du siècle » saute une centaine d’étapes, comme certains l’ont dit, à propos de la proposition colorée et imprimée des Américains. Mais c’est bien là l’intention », explique Noa Landau, correspondante du journal israélien Haaretz. « Car « l’accord de Kushner porte sur une « vision » pour les Palestiniens », ajoute-t-elle. 

« C’est tout à fait vrai. Le plan donne l’image d’une vie prospère et radieuse qui pourrait être possible, si l’on mettait de côté tous les principaux obstacles. Comme toute proposition d’affaires, elle vise à captiver les investisseurs potentiels et à les faire rêver avant qu’ils ne s’enlisent dans les faits ennuyeux sur le terrain », conclut Quartz.

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