Politique

‘AKK meets Macron’ : l’Allemagne veut un rôle accru dans l’OTAN

Le président français Emmanuel Macron a fait la une de la presse mondiale avec ses déclarations dans le magazine The Economist. En revanche, le discours prononcé par Annegret Kramp-Karrenbauer, successeur de longue date de la chancelière Angela Merkel, à Munich à l’occasion du 30e anniversaire de la chute du mur, est demeuré très discret.

Dans The Economist, Macron dresse un portrait apocalyptique de l’avenir européen.

  • « L’alliance transatlantique OTAN est « en état de mort cérébrale », c’est pourquoi « l’Europe doit donc développer sa propre puissance militaire. »
  • « L’Union européenne doit non seulement agir en tant que marché, mais également en tant que bloc politique doté d’une politique en matière de technologie, de données et de changement climatique. »
  • « L’Europe doit également adopter la realpolitik, par exemple, en reconstruisant des relations avec la Russie. » 
  • « Pour la première fois, l’Amérique a un président qui ne partage pas notre idée d’un projet européen. Même si Trump n’est pas réélu, des forces historiques séparent les anciens alliés. Les priorités américaines changent. »
  • « Avec la montée du protectionnisme et de l’autoritarisme, l’Europe doit se réveiller et se préparer à un monde plus dur et moins tolérant. »

Il semble très probable que le président français ait politisé à l’extrême la situation actuelle des tensions internationales dans le monde au cours de l’interview afin de provoquer un réflexe chez ses partenaires européens.

Moins d’un mois avant le sommet de l’OTAN à Londres, c’est une façon de préciser qu’il n’a pas l’intention de se laisser faire par son homologue américain.

Annegret Kramp-Karrenbauer plaide en faveur d’un rôle accru de l’Allemagne au sein de l’OTAN

Annegret Kramp-Karrenbauer (surtout connue sous l’abréviation AKK dans son propre pays) a prononcé jeudi à l’Universität der Bundeswehr de Munich un discours qui va dans le même sens que le président français. Elle veut surtout montrer que la politique de défense allemande doit être révisée. En plus d’être présidente de la CDU, l’AKK est également ministre allemand de la Défense.

« Un pays de notre taille, doté de notre puissance économique et technologique, notre situation géostratégique et de nos intérêts internationaux, ne peut pas rester les bras croisés », a-t-elle déclaré. « L’Allemagne doit s’impliquer dans le débat international et y jouer un rôle de premier plan ».

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a plutôt évolué en marge de l’OTAN. Mais AKK veut clairement mettre la Défense allemande au premier plan. Elle veut mettre sur pied un conseil de sécurité nationale. Elle pense également que son pays devrait consacrer 2 % de son PIB à la défense d’ici 10 ans. Aujourd’hui, c’est à peine 1,37 %. Une demande qui a été formulée à plusieurs reprises par le président américain Donald Trump.

Merkel et AKK ne sont pas sur la même ligne

Ses projets n’ont pas été accueillis avec enthousiasme en Allemagne. Les critiques sont d’avis qu’un changement de cap aussi radical devrait être annoncé par le chancelier fédéral plutôt que par un ministre nouvellement nommé. Mais Merkel et AKK ne sont pas sur la même longueur d’onde. Auparavant cette semaine, par exemple, AKK avait critiqué la possible participation du chinois Huawei au réseau allemand de la 5G. Merkel serait personnellement intervenue le mois dernier pour conserver la candidature de Huawei. Mais selon AKK, certaines parties de l’infrastructure de données européenne essentielle ne peuvent être partagées avec des puissances étrangères. Elle souhaite également que l’Allemagne joue un rôle plus actif dans le domaine de la sécurité nationale et mondiale. C’est pourquoi elle souhaite profiter de la présidence de l’UE au second semestre 2020 pour renforcer le bras européen au sein de l’OTAN.

Annegret Kramp-Karrenbauer apparaît donc comme une alliée de Macron dans le domaine de la défense, loin de Merkel. De nombreux arguments plaident en faveur d’une défense européenne distincte. Les États-Unis se révèlent être un allié imprévisible sous Trump, le monde est devenu plus hostile et le Brexit a affaibli l’UE au niveau interne. Enfin, il y a la Chine. 

Mais dans son propre parti, l’appel pour écarter Kramp-Karrenbauer devient de plus en plus fort. C’est le résultat d’une série de flatteries et de défaites lors des élections nationales. AKK est depuis devenue l’un des politiciens les moins populaires du pays. Les chances qu’elle succède bientôt à Merkel au poste de chancelière fédérale diminuent chaque jour.

Mais le fait qu’un politcien allemand président d’un parti gouvernemental défende maintenant une nouvelle stratégie de l’appareil de défense allemand confirme que la position allemande en matière de défense nationale pourrait effectivement changer au cours de la prochaine décennie.

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