Politique

Khamenei (Iran) : « Les Européens sont mauvais, très mauvais »

Le leader suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a exprimé clairement sa défiance de l’Europe lors d’un discours donné à huis clos l’année dernière. Dans cette allocution, qui n’a été publiée que récemment, l’ayatollah a mis en doute la capacité des Européens à protéger leurs relations commerciales avec l’Iran contre de nouvelles sanctions des Etats-Unis. 

L’Iran avait signé un accord nucléaire avec les Etats-Unis et 6 autres puissances en 2015. En échange du démantèlement de ses installations nucléaires, le gouvernement religieux était légitimé et normalisé. Les sanctions imposées par les Etats-Unis, l’UE et les Nations Unies éatient levées, ce qui ouvrait de nouveau les portes de l’économie mondiale au pays. Mais l’année dernière, les États-Unis ont décidé de se retirer de cet accord. Le président américain Donald Trump, qui l’avait décrit comme étant un traité « désastreux » et « faible », mal négocié par de piètres négociateurs, pendant sa campagne électorale, estimait qu’il était trop généreux à l’égard de l’Iran.

« Les Européens sont mauvais. Ils sont vraiment mauvais »

Néanmoins, l’Union européenne a indiqué qu’elle désapprouvait cette décision, et qu’elle souhaitait protéger ses realtions commerciales avec l’Iran. L’Ayatollah Khamenei, un radical profondément anti-occidental qui a peu de sympathie pour l’Europe, se montre très sceptique concernant ces efforts.

Dans son discours, il a affirmé que les Européens allaient prétendre qu’ils protègeraient les intérêts iraniens, mais il a averti ses compatriotes qu’il ne fallait pas accorder un trop grand crédit à cette promesse. D’après lui, l’accord nucléaire ne résout « aucun des problèmes économiques » de l’Iran, et le système proposé par l’UE pour contourner les effets des sanctions n’amènerait que peu d’améliorations pour l’économie du pays.

« (Les Européens) sont mauvais. Ils sont vraiment mauvais. J’ai beaucoup à dire sur les Européens, non pas à cause de leurs politiques actuelles, mais à cause de leur nature perfide au cours des derniers siècles », a dit Khamenei.

Une politique iranienne profondément divisée

La politique iranienne est profondément divisée depuis longtemps, notamment en ce qui concerne les relations avec l’Occident. Le président Rouhani et ses partisans modérés tentent encore de sauver l’accord sur le nucléaire et cherchent à se rapprocher des États-Unis et de l’Europe. De l’autre côté, les radicaux qui suivent les positions de Khamenei, refusent de céder à toute pression étrangère, qu’ils considèrent comme contraire aux valeurs révolutionnaires islamiques.

Et la publication de ce discours, 8 mois après qu’il a été donné, suggère que Khamenei n’a pas changé d’avis à ce sujet.

Khamenei, qui décide en dernier ressort pour toutes les grandes questions de politique intérieure et extérieure de l’Iran, n’a soutenu qu’à contrecœur les négociations nucléaires, a averti que le gouvernement iranien ne devrait pas se laisser abuser par les pays européens et leurs « sourires ».

L’Europe tente de maintenir les relations commerciales avec l’INSTEX

Les nouvelles sanctions américaines ont déjà convaincu un grand nombre d’entreprises européennes de renoncer à leur volant d’affaires avec la République islamique. Mais en janvier, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont ouvert un nouveau canal d’échanges commerciaux avec l’Iran, au travers du mécanisme de l’Instrument in Support of Trade Exchanges (INSTEX), qui évite d’employer le dollar américain. Les diplomates craignent toutefois que les échanges opérés dans ce cadre soient trop limités pour maintenir l’accord sur le nucléaire.

Selon l’AIEA, l’Iran tient parole

Lundi, Bahram Qasemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a jugé que l’INSTEX était « une mesure tardive mais importante ». Il a toutefois précisé que son pays refuseerait toute condition imposée par l’Union européenne. La France a exhorté l’Iran à cesser toutes activités liées à son programme de missiles balistiques, sous peine de s’exposer à des sanctions.

Les Européens ont promis d’aider les entreprises à faire des affaires avec l’Iran aussi longtemps que le pays respecterait l’accord nucléaire. En 2015, la république islamique avait déjà menacé de se retirer de l’accord nucléaire si les pays européens ne manifestaient une intention réelle de protéger les avantages économiques promis.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué au début de cette semaine que l’Iran respectait effectivement ses engagements dans le cadre de  l’accord sur le nucléaire. « Contrairement aux mensonges constants de Netanyahu, Trump et leurs alliés à propos de l’Iran, l’AIEA a une fois de plus, et pour la ènième fois réaffirmé que nous tenons parole », a déclaré Zarif dans un tweet. « Notre patience atteint ses limites. »

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