Le président à mi-temps de la Commission européenne fait une déprime de l’UE

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu aujourd’hui au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, en Russie, l’équivalent local du WEF de Davos. Là, il rencontrera le président russe Vladimir Poutine, qui, comme son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, demandera la levée des sanctions que l’UEa imposées à la Russie après l’annexion russe de la Crimée. Dans les deux semaines, l’UE doit se prononcer sur le renouvellement de ces sanctions. Un changement de cap au sein de l’UE dans ce domaine ne semble cependant pas à l’ordre du jour, tant que Moscou ne met pas en œuvre les accords conclus à Minsk. Hormis  l’Italie et la Grèce, l’UE ne semble pas pressée de rétablir ses relations habituelles avec Moscou.Le magazine Web Politico a publié aujourd’hui un dossier sur Juncker, basé sur des entretiens avec quelque 40 hommes politiques, des diplomates et des fonctionnaires de tous les pays de l’UE. Parmi eux, des partisans et des détracteurs du Luxembourgeois, mais aussi des personnes de son entourage. La conclusion n’est pas optimiste : Juncker est de plus en plus marginalisé, écrivent les journalistes Matthew Karnitschnig, Tara Palmeri et Ryan Heath. “On ne le voit pas”, dit un diplomate d’un grand pays de l’UE. “Beaucoup d’officiels de Bruxelles disent qu’ils ne se souviennent même pas de la dernière fois qu’ils l’ont vu. Les gens ne se plaignent pas, parce qu’il n’est pas indispensable au fonctionnement quotidien de l’UE”, précise-t-il.Beaucoup ont en effet noté que Juncker n’est pas souvent à Bruxelles, ce qui signifie qu’il travaille vraisemblablement de chez lui, au Luxembourg. Depuis le début de son mandat, Jean-Claude Juncker a pris 25 weekends de 4 jours (sans compter Noël et le mois d’août), et ce n’est que rarement qu’il s’est rendu à des rendez-vous ou des événements à l’extérieur (sa moyenne est de 0,82 par jour).  “Juncker souffre d’une déprime de l’UE”, disent les fonctionnaires. “Il ne veut écouter que les gens qui partagent sa vision euro-fédéraliste, et considère les autres comme des anti-conformistes et des populistes”, affirme Geoffrey Van Orden, un eurodéputé conservateur britannique.

Au cours de son mandat, le Président de la Commission européenne n’a visité qu’un seul  pays d’Europe de l’Est (Lettonie), alors qu’il s’est déjà rendu 51 fois dans les 6 pays fondateurs de l’UE. Les récentes propositions de la Commission pour imposer des sanctions financières aux pays qui refusent d’accueillir les réfugiés dans le cadre du plan signé entre l’UE et la Turquie – principalement des pays de l’Est – n’ont fait que creuser l’écart entre Bruxelles et ces derniers.

Ce qui fait défaut dans la Commission Juncker, c’est une stratégie globale. “Il s’agit plus d’une Commission de relations publiques, on s’y inquiète plus de l’image qu’on donne, et de ce que les médias vont dire”, déplore l’ambassadeur de l’UE auprès de la Hongrie, Olivér Várhelyi.Le scandale des Luxleaks a entamé sa crédibilité. Beaucoup d’officiels affirment en privé que ce qu’il faut souhaiter pour l’Europe, désormais, c’est que la Commission continue de se débrouiller pendant les trois années restantes du mandat de Juncker. (Le Luxembourg est soupçonné d’avoir mis en place des structures fiscales spéciales pour aider les multinationales à pratiquer l’évasion fiscale dans d’autres pays. Ces structures ont été exploitées alors que Jean-Claude Juncker était Premier ministre, ou ministre des Finances du Luxembourg)Ensuite, il y a les ennuis de santé de Juncker. Beaucoup de gens dans son voisinage ont constaté que son état de santé s’était détérioré. Il semble en effet de moins en moins positif sur l’UE : “Vous pouvez dire qu’il fait une déprime de l’UE. Il a décidé qu’il ne se concentrerait sérieusement que sur quelques questions, en particulier l’immigration et la Grèce. Le reste n’a pas d’importance pour lui”. Selon Politico, le vide laissé par Juncker est comblé par le vice-président Frans Timmermans et le chef de son cabinet, Martin Selmayr. Lorsqu’il a accordé un accord spécial concernant les dépassements de déficit de la France, Juncker s’est justifié en disant tout simplement : “Parce que c’est la France ». Mais cette complaisance à l’égard d’un pays fondateur a vivement agacé le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem :

“Si le président de la Commission affirme que les règles s’appliquent différemment pour la France, cela affecte la crédibilité de la Commission en tant que gardienne du Pacte”.

Mais l’invisibilité de Juncker profite à Donald Tusk, le Polonais qui a succédé à  Herman Van Rompuy  comme président du Conseil de l’Europe :

“Le president du Conseil européen Donald Tusk a tiré parti de la faiblesse de Juncker pour son propre bénéfice, se taillant un rôle plus politique, plus important pour son bureau, qui avait été initialement conçu comme celui d’un arbitre neutre entre les différentes capitales”.

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