La « catastrophe silencieuse américaine » : 7 millions d’hommes ne travaillent pas

Plus de 7 millions d’hommes âgés d’entre 25 à 54 ans – les meilleures années d’une vie professionnelle – sont inactifs et ont disparu du marché du travail américain. Cela ne signifie pas seulement qu’ils sont au chômage ; ils ont également renoncé à chercher un emploi. Peu après la Seconde Guerre Mondiale, quasiment tous les hommes étaient actifs (effectivement employés ou à la recherche d’un emploi) lorsqu’ils atteignaient ces tranches d’âge. Mais depuis le milieu des années 60 du siècle dernier, la proportion d’hommes actifs aux États-Unis n’a fait que décroître. De 97 %, ils sont passés à 88 % aujourd’hui, selon les chiffres du Bureau for Labour Statistics.Aujourd’hui, on compte moins d’hommes au travail qu’il n’y en avait en 1940, lorsque la Grande dépression arrivait à sa fin, et que 14 % des Américains étaient au chômage. Il y a aussi 3 fois plus d’inactifs que d’hommes qui recherchent effectivement un emploi.Selon Nicholas Eberstadt, un économiste de l’American Enterprise Institute (un institut conservateur) qui est aussi l’auteur de « Men Without Work, America’s Invisible Crisis », l’affaire des hommes disparus est une « catastrophe silencieuse ». « Cette crise d’emploi inexplicablement négligée de la part des dirigeants politiques nationaux est l’épicentre des plus grands problèmes économiques, sociaux, et même moraux aux États-Unis aujourd’hui », dit-il.Il rappelle que cet effondrement de l’activité implique une croissance économique plus lente, une progression des inégalités économiques, une plus grande dépendance à l’égard du gouvernement, des déficits budgétaires, de la dette publique, des familles plus fragiles, une mobilité sociale restreinte, et une société civile bien moins solide.

« Il y a sans aucun doute un lien avec la perte générale de confiance dans notre système et dans nos institutions dont on a tant parlé, il n’est pas exclu que cela encourage la tentation d’options politiques extrémistes ».

Les jeux vidéo

Éric Hurst, un économiste de l’université de Chicago, a constaté que les jeunes hommes sans diplôme universitaire avaient remplacé 75 % du temps qu’ils consacraient autrefois à la recherche d’un emploi par du temps passé derrière un ordinateur, souvent pour jouer à des jeux vidéo.Et alors que la dépression et les problèmes de santé affectent souvent les hommes inactifs, il semblerait que les jeunes gens sans emploi qui ne fréquentent pas l’université rapportent un taux de satisfaction supérieur à ceux des années 2000.Une nouvelle recherche, menée par des économistes de Princeton, de l’université de Rochester et de l’université de Chicago, semble conclure que beaucoup de ces jeunes hommes, qui n’ont pas de diplôme, rejettent le travail, et qu’ils ont une meilleure alternative : vivre à la maison et jouer aux jeux vidéo.Pour Jonathan Church, cela pourrait signifier que le rêve américain ne fonctionne plus pour des millions de jeunes adultes américains.

« Quand je joue aux jeux vidéo, je sais que si je joue quelques heures, j’aurai de la satisfaction », dit Danny Izquierdo, un jeune homme de 22 ans. « Avec un emploi, le rapport entre le nombre d’heures que j’y ai consacrées et la satisfaction que j’en retirais n’étais pas si évident »

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