‘Je viens juste d’échapper à l’institution Apple. Je suis libre’

Sur le blog Road Less Travelled, l’auteur Nomadic_Rambler a publié un billet dans lequel il explique avoir récemment présenté sa démission à l’entreprise de Steve Jobs et ainsi échappé à l’institution « dogmatique » Apple.

Voici ses propos :

« Je viens juste d’échapper à l’institution Apple, j’ai envoyé ma démission et j’ai fui les couloirs blancs lumineux parsemés d’images colorées grossières du passé de l’iPhone. Je leur ai rendu ma carte de sécurité et en échange j’ai pu récupérer ma créativité, mon individualité et ma libre pensée que j’avais laissées dans le vestiaire sécurisé d’Apple.

Pour la première fois en deux ans, je me sens léger, créatif et inspiré. A nouveau, je suis une personne avec des idées créatrices, des perceptions, des valeurs et des croyances propres. Il se peut que cela prenne un certain temps mais je pense que je suis prêt à de nouveau exprimer ce que je pense. Je ne fais plus partie de l’iCulte, une machine sale, usée, grasse, naïve et désarticulée par des mécanismes internes d’intimidations, d’harcèlement et de jeux d’esprit, vouée à commercialiser chaque année des iPhones brillamment polis. JE SUIS LIBRE.  

Qu’une des plus grandes entreprises au monde, qui s’enorgueillit de son innovation, de sa créativité et de sa faculté à « casser le moule » fonctionne selon un dogme qui limite l’âme relève de l’ironie. Apple est un club de gars organisé dans lequel la perception passe avant le contenu et la fonction avant le talent.

J’ai passé deux ans chez Apple à améliorer la gestion du service à la clientèle pour les centres de support technique et en 15 ans d’expérience dans ce secteur, je n’ai jamais vu autant de choses étranges et non professionnelles, je n’en cite d’ailleurs que quelques-unes.

Je me suis rendu compte qu’Apple était un atelier protégé. La langue parlée couramment tourne autour de l’agressivité passive, du sarcasme et des récits concernant le « succès » destinés à manipuler et intimider des travailleurs qui n’ont jamais connu d’autres expériences professionnelles en-dehors de ces murs. Les empereurs chinois pensaient que la Cité Interdite à Pékin était le centre de l’univers et avaient organisé leur empire en fonction de celle-ci, je suis sûr que certaines personnes chez Apple pensent la même chose à propos de l’entreprise.

S’agit-il d’une coïncidence si le nouveau Campus d’Apple ressemble à un vaisseau spatial géant ? Peut-être que le plan consiste à faire boire à tout le monde la même boisson empoisonnée avant de monter dans la navette. On dirait que je me suis échappé à temps.

Même les bières après le travail ressemblaient à un moment étrange. Boire un verre avec des collègues revenait à devoir écouter les mêmes histoires sans cesse ressassées durant lesquelles les responsables de gestion, saouls, évoquaient les décisions stratégiques rapides et désinvoltes des dirigeants d’Apple concernant la suppression d’emplois et la fermeture de sites.

Tels des scouts autour d’un feu, les employés écarquillaient leurs yeux brillants à l’écoute de ces histoires de notion de puissance. Les employés écoutaient ses récits avec crainte et avec un mépris total en ce qui concerne les actes d’Apple ayant ruiné de nombreuses personnes de la communauté d’entrepreneurs, de fournisseurs, de partenaires, de grossistes et d’associés pour cause de non-rentabilité. Des phrases comme « prendre une décision qui a un impact si rapide sur tant de vies et d’emplois montre le niveau des dirigeants d’Apple… Surprenant » étaient monnaie courante durant ses réunions autour d’une bière, tous les vendredis. A mon avis, un singe peut supprimer des emplois mais chez Apple, même les choses les plus étranges sont vénérées.

Durant les journées de travail de 16 heures, les réunions se succédaient les unes après les autres. Même si c’est la norme dans beaucoup d’organisations, les réunions d’Apple avaient des agendas toxiques conçus pour faire tituber volontairement les personnes, pour ridiculiser les individus les moins respectés et critiquer les autres. L’esprit d’équipe est inexistant, les clients internes attaquent les personnes et organisent leurs agendas pour satisfaire leur égo. Des heures et des heures de travail sont gaspillées afin de préparer des réunions qui servent à préparer d’autres réunions à tel point qu’aucun travail n’est réalisé.

Ces répétitions, nommées « essais à blanc », sont des réunions destinées à peaufiner les impressions et forcer les agendas. On y enseigne comment plier, tordre et polir les données pour raconter l’histoire que vous devez conter et non la réalité présente dans ces données. Si une histoire ne pouvait pas être falsifiée, les données étaient simplement exclues.

Alors que j’avais organisé un jour de congé, je reçus la visite de ma famille venant d’un autre Etat. Malgré cela, j’avais accepté de mettre sur pied une conférence téléphonique parce que le public qui y assistait était « important ». Important mais irrespectueux car les participants n’arrivèrent jamais mais j’ai quand même dû réaliser des essais de réunion d’une heure et demie comme si tout le monde était présent. Résultat : le repas qu’avait préparé ma famille était froid, j’étais coincé au téléphone dans un jeu de rôle de réunions subalternes afin de satisfaire les égos des dirigeants.

Les maladies, l’urgence familiale et même les noces n’étaient pas des choses traitées avec respect chez Apple. A mes débuts dans l’entreprise, j’ai raté un voyage d’affaire car ma femme enceinte est tombée dans les escaliers et a dû être hospitalisée. Cet évènement a été classé comme «problème de performance ». Les réunions au milieu de la nuit étaient courantes. Je n’avais simplement jamais le droit de parler de mon sujet, on me donnait des scripts à travers des messages instantanés avec un conteur du temps disponible pour parler. 

Durant les dernières semaines, j’ai attrapé un virus à cause d’un moustique et j’ai été hospitalisé pour une courte durée. Cependant, au lieu de recevoir du soutien, j’ai reçu un courrier électronique alors que j’étais sur mon lit d’hôpital avec une note que je devais compléter urgemment. Même le matin de mon mariage, on m’a harcelé par téléphone et par mail pour que j’envoie un rapport que quelqu’un avait perdu.

La gestion au sein d’Apple était imprévisible, réalisée dans la mauvaise humeur et erratique. Je recevais des messages agressifs toute la journée, me harcelant toutes les quinze minutes et me demandant « Etes-vous en ligne ? Votre statut montre que vous êtes absent ». On m’envoyait des messages grossiers sur mon téléphone lorsque j’étais en retard d’une minute mettant en cause mon « éthique de travail d’Australien » dans ma relation avec la direction de Singapour avec des commentaires comme quoi les Australiens sont hostiles et n’aiment travailler qu’avec d’autres Australiens.

J’étais à la limite de la dépression. De manière confidentielle, j’ai pris contact en toute confiance avec un dirigeant d’Apple. Ce senior manager très respecté m’a expliqué que je n’avais pas à me plaindre et qu’il fallait que je me comporte comme un grand garçon. J’ai ensuite été menacé et il m’a averti que si j’évoquais à nouveau cette question, la teneur de la conversation serait très différente. Il m’a expliqué que lors de l’entrevue de travail, on m’avait expliqué qu’il s’agissait d’un travail sous pression. En réalité, j’ai connu davantage de pression que chez Apple durant ma carrière professionnelle, j’ai été agent de police.

Finalement, le fait de simplement exposer mes inquiétudes auprès de la direction n’a fait que m’attirer des représailles de toutes parts. Avant de démissionner, l’administration était à la recherche de motifs pour me donner une sanction de performance. La seule chose qu’ils ont pu me reprocher concernait mes manquements au sujet des échéances de rapports et le fait que j’avais reporté certaines réunions. Cela me semble être une réaction un peu désespérée. Aucun de ces détails n’était urgent. Tous ces jeux d’esprit ont été fabriqué délibérement. On m’a aussi expliqué que l’administration avait passé toute une journée à assister tardivement aux conférences téléphoniques afin de voir si je prenais l’initiative de leur envoyer un message pour leur dire qu’ils étaient en retard. Très étrange mais il s’agit d’un autre jeu d’esprit d’Apple.

Alors qu’Apple prétend être une entreprise qui améliore la vie des personnes grâce à la technologie, je me rends compte qu’ils ne connaissent rien à la vie. J’aimais leurs produits et j’étais l’avocat de leur philosophie. Malheureusement, j’ai vu ce qu’il y a derrière leur extérieur en acier inox brillant et poli : une culture de la manipulation, de l’intimidation, des menaces et une politique totalement à l’opposé des valeurs qu’ils prêchent ».

 

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