Economie

« La dette de l’Italie est le plus gros problème de l’Europe »

Une onde de choc pourrait ébranler la France, l'Allemagne, mais aussi la Belgique...

La dette de l’Italie est la plus grande menace pour l’Europe. C’est ce qu’affirme l’agence de presse Bloomberg. Elle estime que le moindre doute pourrait déclencher un mouvement de panique dans toute l’Europe. 

Ce sont les banques italiennes qui détiennent la plus grosse partie de l’encours colossal des 1500 milliards d’euros d’obligations souveraines italiennes (essentiellement à Rome et Milan). Mais ailleurs en Europe, les grandes banques en ont acquis pour plus de 425 milliards d’euros de dette publique et privée italienne.

Les banques françaises les plus exposées à la dette italienne

Ce sont surtout les banques françaises qui sont les plus exposées à la dette italienne, en particulier privée. Elles détiennent globalement 285,5 milliards d’euros de dettes italiennes, soit 11 % du PIB français !. BNP Paribas, et Crédit Agricole sont les banques françaises les plus engagées, avec respectivement  143,2 milliards d’euros et 97,2 milliards d’euros.  Les banques allemandes ont prêté 58,7 milliards d’euros à des emprunteurs italiens, dont 29,6 milliards d’euros rien que pour la Deutsche Bank. Nous autres Belges ne sommes pas en reste : notre pays détient 25,2 milliards d’euros de dettes italiennes – soit 5 % du PIB de notre pays -, dont la quasi-totalité (23,1 milliards d’euros exactement) figurent au bilan de Dexia.

Ces montants colossaux constituent en eux-mêmes une source d’inquiétude. Mais la situation s’est compliquée par l’arrivée de la coalition populiste au pouvoir. Les différends internes qui ébranlent régulièrement cette alliance (entre un mouvement d’extrême droite et un mouvement anti-système penchant plutôt à gauche…), et le désir manifeste de se confronter avec la Commission européenne ne rassurent guère les investisseurs.

Un système bancaire exsangue

Or, le système bancaire italien est très affaibli, et le trésor public italien l’est tout autant, en raison du marasme dans lequel l’Italie est plongée. Le pays ne s’est jamais remis du passage à l’euro, et a entamé un déclin qui semble inexorable, en raison de sa dette abyssale, qui se monte à 132 % de son PIB, du vieillissement de sa population, de sa corruption élevée, de sa lourde bureaucratie, de sa faible productivité et du manque d’investissements d’infrastructure.

Le gouvernement italien doit emprunter 400 milliards d’euros chaque année pour fonctionner normalement, et oblige donc  les banques du pays à acquérir encore davantage d’obligations souveraines. « Le lien entre une économie faible et des banques faibles, dont bon nombre sont encore vulnérables malgré trois années de réduction des prêts douteux, a un nom : cercle vicieux », écrit Bloomberg. « Les banques et le trésor italiens ressemblent à deux géants ivres qui se soutiennent mutuellement, inextricablement liés par leur faiblesse mutuelle. Quand la crise frappera, ils s’effondreront tous les deux », avait écrit récemment The Independant.

Dans cette situation, une crise gouvernementale pourrait provoquer la chute du système bancaire, ou vice-versa, avertit Bloomberg.  L’agence de presse rappelle que 7 banques italiennes ont dû être renflouées au cours des 3 dernières années, et que d’autres pourraient nécessiter un plan de sauvetage prochainement.

Les mécanismes de sauvetage européens ne feraient pas le poids en cas de choc

Le problème, c’est que les mécanismes de « bailout » européens ont été conçus à la « va-vite » lors de la dernière crise de la dette. La chancelière allemande Angela Merkel était parvenue à convaincre les officiels les plus récalcitrants, tandis que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, inondait le marché de liquidités.

Mais ce dernier devrait quitter son poste en octobre de cette année, et la chancelière n’est plus aussi puissante. Selon certains économistes, une crise pourrait apparaître dans le courant de cette année.

Et l’Italie n’est pas la Grèce. C’est l’un des 4 pays les plus puissants de la zone euro, avec un PIB quasiment 10 fois supérieur au PIB grec. C’est aussi le second pays le plus endetté de la zone, avec une dette qui représente 132 % de son PIB. En cas de crise, ses besoins de financement épuiseraient les  410 milliards d’euros de fonds de sauvetage dont dispose le mécanisme européen de stabilité en un an seulement…

Actuellement, l’Italie paie un taux d’intérêt de 2,59 % sur sa dette souveraine à 10 ans. Selon l’économiste Patrick Artus, au delà d’un taux d’intérêt de 3,5 %, l’Etat italien deviendrait insolvable.

Pour le moment, les marchés sont calmes, en dépit du fait que le pays est entré en récession au cours du 4e trimestre 2018. Mais la crise entourant la présentation à Bruxelles du budget 2019 à la fin de l’année dernière, et le mouvement d’inquiétude des marchés à l’époque montre que les choses pourraient dégénérer rapidement.

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