Politique

Poutine attise les braises dans les Balkans

ANALYSE – L’influence russe et l’ingérence dans les Balkans inquiète de plus en plus l’Occident. La Russie semble maintenant former une unité paramilitaire de séparatistes dans la partie serbe de la Bosnie. Elle était déjà impliquée dans une tentative de coup d’Etat au Monténégro, et une tentative d’assassinat ratée sur le président pour bloquer l’adhésion du Monténégro à l’OTAN.

Depuis les accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre dans les années nonante, la Bosnie est divisée en deux entités. Les Bosniaques (les Bosniens musulmans) et les parties croates de la Fédération de Bosnie ainsi que les Serbes de Bosnie dirigent la République Srpska. En outre, il existe un parlement national central où les trois groupes ethniques siègent ensemble, et un poste de président.

Cela fonctionne depuis 1995, mais pas vraiment. Lors des accords de paix, l’existence de la République serbe a été établie. Cependant, l’entité n’a jamais été reconnue comme un Etat indépendant.

Les Serbes aspirent à la création d’une Republika Srpska indépendante. Et les Russes sont prêts à les aider pour cela. On a découvert que la Russie entraîne une unité paramilitaire en Republika Srpska, la partie serbe de la Bosnie.

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Cette milice a été récemment créée sous le nom de « Honneur serbe » et serait au service de Milorad Dodik, le leader séparatiste serbe de Srpska. L’ingérence russe dans la partie serbe de la Bosnie-Herzégovine est une source d’inquiétude pour les Balkans et l’Occident.

Le site d’actualités Bosnien Zurnal a publié des photos du groupe en uniforme militaire et avec des armes. Sur la photo, les hommes figurent en compagnie de Milorad Dodik, et ils se tiennent devant le siège du parlement de la Republika Srpska à Banja Luka. Parmi ceux-ci, on trouve entre autres Bojan Stojković, un ancien para serbe qui a été formé à Moscou et a même obtenu une médaille du général russe Valeriy Kalyakin.

Dans les documents secrets des forces de sécurité bosniaques, l’objectif de cette nouvelle unité est décrit comme «une possible intervention au cas où l’opposition entraverait le travail des autorités. » Mais il faut probablement lire : apporter de l’aide quand le chef séparatiste Dodik mettra ses menaces à exécution et qu’il voudra séparer la Srpska du reste de la Bosnie.

La tenue d’un tel référendum sur l’indépendance, avec le soutien de la Russie, est imminente. Le ministre de la Sécurité des Serbes de Bosnie Dragan Mektic, a en effet confirmé que les forces de sécurité bosniaques sont conscientes de la présence et des activités de ce groupe, et qu’elles les surveillent depuis un certain temps.

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Les membres sont recrutés dans la pègre serbe. Le groupe serait formé dans un centre russo-serbe d’aide humanitaire situé à Nis, une ville du Sud de la Serbie.

Ce centre financé par la Russie suscite des préoccupations depuis longtemps. On le soupçonne d’être une couverture dissimulant les activités d’espionnage des Russes dans les Balkans.

Selon les Russes, le centre a été mis en place pour « aider la Serbie dans des opérations de sauvetage, lors des inondations et pour l’élimination des bombes provenant des bombardements de l’OTAN en 1999 ». Bien sûr, l’ambassade de Russie à Sarajevo a nié l’existence d’une unité formée par les Russes. « Nous pensons que ce n’est même pas la peine de répondre à ces affabulations ridicules », a déclaré l’ambassade dans un communiqué écrit. Le bureau du président serbe Dodik de Srpska a ridiculisé l’information et l’a qualifiée de dangereuse, parce qu’elle provoque des troubles parmi la population.

Le coup d’Etat au Montenegro

L’influence et l’ingérence russes dans les Balkans inquiètent de plus en plus l’Occident. Ces nouvelles de Bosnie surviennent un an après une tentative de coup d’Etat au Monténégro, au cours de laquelle des ressortissants russes ont tenté d’assassinat le Premier ministre Milo Djukanovic avec préméditation pour bloquer l’adhésion du Monténégro à l’OTAN.

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Le Kremlin a toujours nié toute relation avec cette  tentative de coup d’Etat au Monténégro. Mais beaucoup de choses laissent à penser que le coup d’Etat et l’attentat avaient été fomentés par Eduard Sjisjmakov. Ce dernier était attaché militaire en Pologne, mais il a été expulsé par les Polonais en 2014 sur des accusations d’espionnage. Le Russe se serait rendu en Serbie avec un faux passeport sous le nom d’Eduard Shirokov pour y organiser la tentative de coup d’Etat au Monténégro. Mais cela n’aurait pas été possible sans l’aide du gouvernement russe.

Les Balkans ont été pendant des siècles une région importante pour la Russie. Cela est lié pour une  grande part aux liens culturels et religieux qu’entretient la partie slave de la population. Mais l’influence russe dans la région que nous évoquons aujourd’hui vise avant tout à déstabiliser l’UE et l’OTAN.

Les Russes ne veulent pas particulièrement que les Balkans rejoignent l’UE ou l’OTAN. La Russie trouve commode d’exploiter le manque d’attention de l’Europe. En effet, si tous les yeux européens étaient braqués sur les Balkans au milieu des années nonante, la région semble avoir perdu de son intérêt au cours des dernières années. En outre, l’UE est confrontée à des problèmes internes.

Courtiser la Serbie

Auparavant, la Russie tentait de gagner de l’influence dans les Balkans essentiellement en finançant des projets économiques à grande échelle tels que des oléoducs. De nos jours, le pays interfère davantage avec les élections en diffusant des informations, de la désinformation et de la propagande. C’est moins cher et cela lui fait courir moins de risques.

En effet, la Russie se montre surtout en Serbie. Comme la Serbie, le Monténégro fait le grand écart entre l’Est et l’Ouest. D’un côté, Belgrade entretient des liens chaleureux avec Moscou, et de l’autre, elle souhaite devenir membre de l’Union européenne.

Néanmoins, dans une grande partie de la population, c’est le sentiment anti-occidental qui prévaut, parce que les souvenirs des bombardements de l’OTAN en 1999 sont encore frais dans les esprits. Selon beaucoup de Serbes, il s’agissait d’un crime de guerre patent, d’ailleurs réalisé sans mandat de l’ONU.

A l’automne dernier, Moscou a encore organisé un grand exercice militaire en Serbie. Et le Kremlin n’a pas manqué cette occasion pour mettre l’accent sur les relations historiques et culturelles particulières entre les deux peuples slaves.

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