‘Immersion’ ou ce que la collecte de métadonnées dit de nous et de nos relations

Des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT Lab) ont développé un outil en ligne baptisé « Immersion » qui permet de visualiser en un graphique social l’historique entier des métadonnées de notre compte Gmail depuis sa création.

Après les révélations concernant les capacités d’espionnage de la NSA dans le cadre de l’affaire « PRISM », plusieurs responsables du gouvernement américain ont tenté de rassurer l’opinion publique en expliquant qu’il s’agissait seulement d’une collecte de métadonnées et non d’espionnage en soi. Toutefois, le programme en ligne du MIT nous montre comment les garanties de vie privée des utilisateurs ne sont pas respectées lorsque les métadonnées des communications électroniques ou téléphoniques sont collectées, explique le journal britannique The Independent.

Une métadonnée est une donnée définissant une autre donnée. Par exemple, pour un appel téléphonique, l’heure, la date et la localisation des appels feront partie des métadonnées. Pour une messagerie électronique, il s’agit des mêmes informations ainsi que de l’identité des émetteurs et des destinataires, le temps d’envoi et le titre des emails. Une métadonnée ne concerne pas le contenu en lui-même. « Immersion » permet de mieux comprendre ce concept. Pour démarrer l’outil, l’utilisateur doit rentrer son mot de passe et son adresse Gmail. L’outil va scanner en quelque sorte notre compte électronique depuis ses débuts et après quelques minutes (le processus peut prendre plus de temps que prévu), un graphique social interactif et dynamique apparaît. Celui-ci montre, au moyen de bulles de couleur, le volume et la fréquence des échanges que nous entretenons avec nos contacts électroniques.

Les politiciens se sont emparés de l’affaire de la collecte des métadonnées et ont affirmé que l’on ne pouvait pas parler d’espionnage, explique le journal britannique. Cependant, plusieurs experts et universitaires ont expliqué les métadonnées contiennent en effet des renseignements personnels sur la vie de chacun des utilisateurs. Dans une interview au Boston Globe, un des créateurs d’« Immersion », César Hidalgo, explique : « C’est comme si le monde comprenait maintenant ce que certains universitaire savaient déjà en 2004-2005. Personne, à l’époque, n’aimait se questionner au sujet des métadonnées et ne se souciait de notre travail ».

« Une caractéristique particulièrement intéressante des métadonnées est la capacité à regrouper les individus au sein de groupes précis et à montrer la solidité de leurs relations connues ou secrètes », explique Ethan Zuckerman sur son blog. Si l’on ajoutait à cette collecte de métadonnées, celles des conversations de Skype et de Facebook ainsi que celles des relations sur les réseaux sociaux mais également des correspondances téléphoniques, des recherches sur les moteurs de recherche, des applis mobiles et des journaux, on obtiendrait un profil de la vie numérique, sociale et intellectuelle de tout utilisateur d’Internet, souligne Rue89.

« Toutes ces données concernent des gens. Les données n’ont pas de sens sans les humains », a déclaré César Hildago. « Lorsque vous les voyez toutes ensemble, il s’agit, d’une certaine manière, d’une expérience « hors-du-corps ». « Vous commencez à réaliser que vous n’interagissez pas seulement avec des gens mais aussi avec des réseaux de personnes (…) qui existent pendant votre absence. C’est donc une expérience « hors-du-corps ». Je trouve qu’il s’agit de quelque chose de très puissant », conclut le fondateur d’Immersion.

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