Economie

Il n’y a jamais eu moins d’enfants en Italie qu’aujourd’hui

L’Italie a enregistré 440.00 naissances l’année dernière, soit une diminution de 3,9% par rapport à l’année précédente, indique Istat, l’office statistique italien. Selon les chercheurs, le nombre de naissances en Italie en 2018 est le plus bas enregistré depuis le début des recensements en 1861. D’un autre côté, 633.000 Italiens sont décédés l’année dernière. Le gouvernement italien a expliqué qu’il craignait que le pays ne soit confronté à un déclin démographique marqué.

La population italienne s’est contractée pour la quatrième année consécutive. L’Italie compte actuellement 60,3 millions d’habitants.

Déclin structurel et persistant

« Après quatre ans, nous pouvons maintenant affirmer que le déclin de la population italienne est structurel et persistant », a expliqué un expert d’Istat. La population italienne a diminué de 677.000 personnes depuis 2014. Cela équivaut à la population de Palerme.

Selon les experts, le problème est que l’afflux de migrants a longtemps dissimulé cette tendance. La population italienne est actuellement composée de 8,7% de migrants. Toutefois, cet afflux est en train de se tarir. L’Italie a enregistré 11.000 migrants de moins l’année dernière par rapport à l’année précédente.

Il est nécessaire de préciser que ces données n’incluent pas les migrants clandestins estimés à plus d’un demi-million.

« La chute des naissances a été masquée pendant des années par l’immigration. Mais maintenant, le masque est tombé », a déclaré le démographe italien Antonio Golini, auteur du rapport. En Italie, la baisse du nombre de naissances a été attribuée à la crise économique de 2008 dont le pays n’a jamais pu vraiment se remettre.

Cependant, selon Golini, le déclin remonte aux années 1980, période durant laquelle l’Italie profitait encore du boom de l’après-guerre.

Lettre des démission

« Les Italiens ont peu à peu cessé de considérer les enfants comme une future source de revenus pour aider à subvenir aux besoins de la famille », a précisé Golini. La population a commencé à prendre en compte le coût de leur éducation. « Le fait est que les enfants ont été considérés comme un coût et non comme un investissement. »

En 1995, les femmes italiennes n’avaient en moyenne que 1,19 enfant, contre 2,7 en 1964. Depuis lors, ce taux est passé du niveau le plus bas des années 1990 au taux actuel de 1,32 enfant par femme. Cependant, si l’on exclut les migrants de ces statistiques, le taux actuel se rapproche de 1,2 enfant par femme.

Les femmes italiennes ont également été dissuadées d’avoir des enfants à cause des prestations sociales insuffisantes. Par ailleurs, de nombreux employeurs intolérants obligeraient les femmes à signer une lettre de démission lors de leur embauche. Cette clause est activée en cas de grossesse.

Le professeur Golini a calculé que l’Italie comptait actuellement 5,8 millions de travailleurs âgés de 15 à 34 ans, soit un tiers de moins qu’il y a 20 ans.

« Cette question est devenue un terrain de jeu politique », souligne le Times.

Populistes

Les politiciens de centre-gauche affirment que seule une migration accrue peut reconstituer la population en âge de travailler. Mais des populistes tels que Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur et vice-Premier ministre, affirment que les migrants sont la cause de l’effondrement démographique. Selon ces voix, les migrants seraient responsables de la chute des salaires, raison pour laquelle les Italiens ont des difficultés financières pour élever des enfants.

L’année dernière, avant de prendre ses fonctions, Salvini avait affirmé que le gouvernement italien de centre-gauche appliquait une politique de substitution ethnique permettant le remplacement des enfants que les Italiens ne peuvent pas avoir par des migrants.

En 2018, le gouvernement de coalition composé du parti d’extrême droite de la Lega de Matteo Savini, et du parti populiste, le Movimento 5 Stelle de Luigi Di Maio a annoncé son intention d’offrir des terres agricoles gratuites aux familles ayant trois enfants.

« C’est cela la véritable crise et non les écarts de taux de rendement des obligations ou la crise économique », a déclaré Salvini, suite à la publication de ces nouvelles statistiques.

En 2018, Bolzano, à la frontière nord avec l’Autriche, était la seule province italienne où les naissances ont dépassé les décès. La région côtière du nord-ouest de la Ligurie a enregistré le taux de mortalité le plus élevé.

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