Economie

Les manifestations de Hong Kong ébranlent son statut de première place financière asiatique

Selon les organisateurs eux-mêmes, près de 1,7 million de personnes – soit près du quart de la population totale de Hong Kong – ont pris part à une manifestation géante pacifique dimanche (selon la police, elles n’étaient que 128 000) pour le 11e weekend consécutif. 

Les manifestants, qui protestaient à l’origine contre une mesure visant à simplifier les extraditions vers la Chine, contestent maintenant la brutalité de la police de Hong Kong. La police a employé des jets de gaz lacrymogènes et a tiré des balles en caoutchouc, qui ont parfois blessé certains manifestants. Certains policiers ont admis s’être déguisés en manifestants pour infiltrer les manifestations.

Le titre de première place financière asiatique menacé ?

Mais les protestataires réclament également plus de démocratie, avant l’échéance de 2047. Cette année-là, la Loi fondamentale de Hong Kong convenue entre la Grande-Bretagne et la Chine, et qui garantit une certaine autonomie à la ville-Etat, prendra fin.

Ces manifestations, qui menacent la stabilité du gouvernement chinois, suscitent l’inquiétude de ce dernier, mais elles jettent aussi de l’huile sur le feu dans la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine, alors que celle-ci menace maintenant de faire basculer l’économie mondiale en récession.

Hong Kong est depuis longtemps le premier centre financier en Asie, une porte d’entrée royale pour faire des affaires avec le continent asiatique, en particulier la Chine. Son marché boursier était le troisième plus important d’Asie en 2018 et se classait cinquième au plan mondial en termes de capitalisation boursière, selon le Hong Kong Trade Development Council.

Au premier semestre de cette année, le marché financier hong kongais avait connu un fort essor. Selon le consultant KPMG, près de 70 entreprises y ont fait leur entrée en bourse, soit 40 % de plus que l’année dernière à la même époque. Ce nombre n’avait pas été aussi élevé depuis le premier semestre de l’année 2014.

Des conséquences relativement limitées… pour le moment

Mais ces 11 semaines de manifestations égratignent le statut de la ville-Etat, et de plus en plus d’entreprises prennent des mesures pour la contourner. Des consultants leur recommandent désormais d’élaborer des plans d’urgence en cas de poursuite des manifestations.

Certains dégâts économiques sont déjà manifestes. Les agences bancaires implantées près du parcours des manifestations ont été temporairement fermées en juin. Selon un analyste, les perturbations de l’aéroport ont coûté 300 millions de dollars de Hong Kong (environ 34 M €). Ce n’est pas anodin, car selon Law Cheung-Kwok, directeur des politiques et de la recherche à l’Université chinoise de Hong Kong, le secteur de l’aviation dans son ensemble génère près de 8 % du PIB de Hong Kong. Le tourisme a également été touché et l’on évoque une « baisse à deux chiffres » du nombre d’arrivées de visiteurs au cours de la seconde quinzaine de juillet.

L’économie de Hong Kong a crû de 0,5 % au deuxième trimestre de 2019 par rapport à l’année précédente. C’est son rythme le plus faible depuis la crise financière mondiale de 2008.

Pour le moment, les conséquences demeurent relativement limitées pour le marché financier hong-kongais. Cependant, Julian Evans-Pritchard, économiste principal chez Capital Economics pour la Chine, s’inquiète d’une possible « fuite de capitaux » si cette escalade se poursuit.

Une possible fuite des capitaux ?

Or, il est fort possible qu’effectivement, une telle fuite des capitaux ait déjà débuté. Les demandes de résidence et de citoyenneté de régions voisines ont augmenté, et certains clients de baqnues privées s’informent également pour transférer leurs comptes à Singapour.

TransferWise, une société de transfert bancaire international basée à Londres qui facilite les transferts bancaires internationaux des particuliers et des petites entreprises, a constaté une augmentation significative des mouvements de capitaux sortants au cours des dix dernières semaines, c’est à dire depuis le début des manifestations. Ainsi, pour chaque dollar que les clients ont transféré à Hong Kong en août, ce sont environ 2,64 dollars qui ont quitté la ville-Etat.

Dans une note adressée à ses clients en avril dernier, l‘investisseur de hedge funds Kyle Bass avait mis en garde contre une possible remise en cause de l’indexation du dollar de Hong Kong au dollar américain, qui existe depuis 1986. Si une véritable fuite des capitaux devenait un fait avéré, ses prédictions ne sembleraient plus aussi hypothétiques.

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