Economie

Cette ex-république soviétique mise encore sur le Bitcoin

En 2018, la monnaie virtuelle a perdu 70 % de sa valeur...

2018 aura été l’année de la correction pour la monnaie virtuelle bitcoin, qui a perdu 70 % de sa valeur l’année dernière, après avoir atteint des cours records en 2017 (jusqu’à s’approcher des 20 000 dollars). Désormais, la monnaie ne cote plus qu’autour de 3 400 dollars. Mais cela ne décourage pas la Géorgie : elle a décidé d’être une pionnière des monnaies virtuelles, et, d’une manière plus générale, de la technologie de la blockchain. Pour ce faire, elle a convaincu Bitfury, une firme spécialisée dans le bitcoin, à installer un site dans le pays. 

L’aventure de la Géorgie avec les crytomonnaies a débuté en 2015, lorsque l’ancien premier ministre géorgien a invité Bitfury, une société hollandaise fondée en 2011 par un expert letton en technologie, Valery Vavilov, à installer un centre de données en Géorgie avec un argument massue : un prêt de 10 millions de dollars. De plus, le gouvernement a offert 18 hectares de terres pour 1 $ symbolique afin d’achever de la convaincre. Il a également agrandi une centrale électrique située à proximité de l’établissement de Bitfury pour réduire les frais de transport de l’électricité, et maintenir l’énergie a un prix modique, compris entre 5 à 6 cents le kilowattheure.

La création d’un environnement idyllique pour les entreprises du secteur du Bitcoin

Enfin, dès l’installation de l’entreprise, la Géorgie a créé des « zones franches économiques » où les activités de minage et l’électricité ne sont pas taxées. Ainsi, les opérations de conversion des monnaies virtuelles minées en dollars ou livres ont été exonérées de TVA, ce qui a permis de maximiser les marges de l’entreprise. Tout a été fait pour que l’entreprise prospère sur le sol géorgien.

Et pour Bitfury, c’est une aubaine. L’énergie hydroélectrique produite grâce aux eaux qui ruissellent sur les monts du Caucase achetée à la Géorgie est moitié moins chère qu’aux États-Unis ou en Europe.

Des milliers de Géorgiens lui ont emboîté le pas, et ont revendu leur voiture ou leur bétail pour acheter des ordinateurs de grande puissance capabvles de miner du Bitcoin. On estime à 200 000 le nombre de particuliers qui se sont équipés en ordinateurs pour miner les monnaies virtuelles de chez eux. L’activité est particulièment prisée chez les jeunes, à qui elle permet de gagner leur vie dans un contexte économique assez difficile. Beaucoup ont sauté le pas lorsque le cours du bitcoin était au plus haut.

La Géorgie est devenue l’un des bastions du minage des crypto-monnaies

En conséquence, désormais, près de 10 % de la consommation énergétique de la Géorgie (3,7 millions d’habitants) sont consacrés au minage des cryptomonnaies, ce qui lui a conféré la triste réputation d’être l’un des plus gros consommateurs d’énergie par tête. Récemment, la Banque mondiale l’a aussi classée parmi les sites les plus actifs du monde en matière de minage des monnaies virtuelles.

Ailleurs dans le monde, ce type d’activités avait eu tendance à décliner, à la faveur de la chute du cours du bitcoin, souvent moins cher que l’électricité nécessaire pour le produire. La Chinoise Bitmain, la plus grosse firme de minage du monde, a fermé plusieurs de ses établissements ; Bitfury elle-même a fermé son site au Canada.

Un intérêt pour les applications de la Blockchain

Mais ce n’est pas tant le bitcoin qui attire la Géorgie, que la technologie de la blockchain  qui est utilisée pour en comptabiliser les stocks de monnaie virtuelle, et sur laquelle il repose. Bitfury, qui maîtrise parfaitement cette technologie, a ainsi aidé le pays à la mettre en place pour gérer son cadastre. Le gouvernement géorgien est ainsi devenu l’un des premiers du monde à adopter une solution basée sur la blockchain, et il projette déjà de gérer son régime fiscal grâce à elle.

La Géorgie veut ainsi gagner la course que se livrent les pionniers des monnaies virtuelles que sont Malte, les Bermudes et d’autres pays qui ont déjà adopté des réglementations très favorables aux monnaies virtuelles afin d’attirer ce courant d’affaires.

« Un énorme conflit d’intérêts »

Quand Bitfury est arrivé en Géorgie, un bitcoin valait environ 350 $. Il a grimpé à près de 20 000 $ avant de chuter. Les gros joueurs comme Bitfury ont de la bande passante pour continuer à fonctionner. Mais les petits investisseurs ont été beaucoup plus vulnérables, et beaucoup de particuliers ont cessé de miner la cryptomonnaie.

Les critiques disent que le gouvernement, en subventionnant des opérations comme Bitfury, arnaque les contribuables en les forçant à payer la facture pour que des entreprises qui entretiennent de bonnes relations avec lui puissent s’enrichir. « C’est un énorme conflit d’intérêts », estime Zurab Tchiaberashvili, un député membre du parti Géorgie européenne, le plus grand parti d’opposition.

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