Le « burkini-gate » : une tendance au retour vers le Moyen-Âge ?

Désormais, cinq villes françaises interdisent le port du burkini, ce maillot de bain qui couvre tout le corps et les cheveux, et qui est parfois porté par des femmes musulmanes. Après Cannes, où la première interdiction de ce vêtement a été émise le 27 juillet, Sisco, en Corse, Villeneuve-Loubet sur la Côte d’Azur, Le Touquet et Oye-Plage, situées toutes deux dans le Pas-de-Calais, ont suivi.

Comme le burkini ne couvre pas le visage, la loi française qui interdit la burqa n’est pas applicable. Les maires de ces villes disent qu’ils sont préoccupés par les violations de l’ordre public.

En Corse, un certain nombre de familles musulmanes se sont affrontées avec des touristes qui ont pris des photos de femmes musulmanes qui se baignaient en burkini. 5 personnes ont été blessées et ont été emmenées à l’hôpital, trois voitures ont été incendiées. Des témoins ont rapporté qu’une machette, et même un fusil-harpon, avaient été utilisées.

Au cours du weekend, le tribunal administratif de Nice, qui avait été saisi par trois femmes et le Collectif contre l’islamophobie et la France (CCIF), a rejeté leur demande de suspension de l’interdiction émise à Cannes. Le juge a invoqué l’attentat à Nice du mois dernier et a estimé que “le port d’une tenue vestimentaire distinctive, autre que celle d’une tenue habituelle de bain, peut en effet être interprétée comme n’étant pas, dans ce contexte, qu’un simple signe de religiosité”.

Selon le journal Nice-Matin, 3 femmes auraient été condamnées à payer une amende à Cannes au cours des trois derniers jours, parce qu’elles refusaient de se conformer à l’interdiction de port du burkini. Six autres femmes ont choisi de quitter la plage ou de se vêtir en maillot de bain classique.

Il y a plus de six ans, la Belgique et la France ont introduit une interdiction légale de porter une burqa. Mais cette interdiction n’a pas été couronnée de succès, note le Süddeutsche Zeitung :

“Le nombre de femmes couvertes de la tête aux pieds dans les rues de France n’a pas diminué. […] La tentative d’arrêter la propagation du fondamentalisme islamique en prenant une mesure symbolique, semble ne plus avoir de succès. […] L’interdiction de la burqa partait d’une bonne intention. Mais elle a suscité des attentes qui n’auraient jamais être réalisées dans un Etat libéral. Maintenant, une nouvelle menace, alimentée par la frustration et la colère, est en train d’émerger. La séparation de l’Eglise et de l’Etat – autrefois promesse de la liberté individuelle – est utilisée par les populistes comme une arme contre ceux qui ont des croyances différentes”.

Le journal espagnol ABC dénonce en particulier la position de l’extrême gauche dans cette controverse :

“[Cette position] se traduit par un mélange de multiculturalisme et d’anti-impérialisme dans lequel le burkini est accepté comme un symbole respectable de l’opposition à la dominance de l’Occident et de ses valeurs. Que les valeurs de liberté et d’égalité soient placées entre le bikini et le burkini ne les intéressent pas : d’un côté la liberté dont jouissent les femmes occidentales de porter ce qu’elles veulent et de montrer leur corps comme les hommes le font. De l’autre, l’oppression des femmes musulmanes de familles fondamentalistes, forcées de cacher leur corps dans des burkinis”.

L’année dernière, la militante pour les droits des femmes Sara Mohammad, qui réside en Suède, mais qui est née en Irak, affirmait qu’il n’y avait aucune raison de céder face aux demandes des islamistes :

“Une opinion courante est que les femmes musulmanes devraient être autorisées à vivre comme elles l’ont toujours fait, c’est-à-dire habillées avec le hijabs, la burqa, et dans des espaces séparés lorsqu’elles sont à l’extérieur. Mais c’est faux !

Les femmes musulmanes n’ont pas toujours vécu comme aujourd’hui. Au contraire. Quiconque a vu des photos de l’Iran, de l’Afghanistan et de l’Egypte dans les années 70 peut se rendre compte qu’il s’agit plutôt d’une tendance en sens inverse et d’un retour au Moyen-Âge”.

Mecca Laa Laa (c) wearing a full body covering known as the 'burqini', sits on a rescue board at Sydney's Cronulla beach, 04 February 2007.  Australia's first group of Muslim lifesavers hit the sands of Sydney's Cronulla beach, just over a year after mobs of whites attacked Lebanese Australians there in a bid to "reclaim the beach." The race riots, the country's worst of modern times, sparked a series of retaliatory attacks in which churches, shops and cars were trashed and left Australians of Middle Eastern appearance fearful of going to the beach.  AFP PHOTO/Anoek DE GROOT / AFP PHOTO / ANOEK DE GROOT
AFP PHOTO / ANOEK DE GROOT

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