L’Europe doit réagir pour empêcher sa cannibalisation numérique

Si l’Europe ne prend pas des mesures tangibles, elle risque d’accumuler un retard qu’il sera impossible de combler, par rapport à la Chine aux États-Unis dans le domaine du numérique, et par extension, du Big data et de de l’intelligence artificielle. C’est le cri d’alarme lancé par Frédéric Plais, CEO de Platform.sh, un service de cloud, sur le site des Échos. Il rappelle que les USA, la Chine et la Russie ont tous trois pris des mesures pour localiser les données de leurs citoyens sur leur territoire. De cette manière, ils conservent «une information critique, mais surtout préservent leur capacité à participer à la révolution de l’intelligence artificielle en cours où la donnée est le carburant ».Pour en arriver là, ces 3 pays ont protégé leurs opérateurs locaux en assurant leur exclusivité sur leur marché domestique grâce à des barrières excluant l’arrivée d’acteurs étrangers.Les firmes américaines sont déjà les leaders mondiales du cloud (Amazon avec AWS, Microsoft avec Azure et Google avec Cloud). Et grâce à la loi récente visant à supprimer la neutralité du net, les États-Unis viennent de se donner les moyens de se protéger contre l’arrivée d’acteurs étrangers. Il leur sera désormais très facile de les bloquer en empêchant les fournisseurs d’accès Internet de les admettre.

Le protectionnisme chinois

Les Chinois ne sont pas en reste, et Ali Cloud, qui détient déjà la moitié du marché chinois, est maintenant le 3e plus gros fournisseur de services du nuage mondial derrière Amazon et Microsoft.Cet prouesse a été rendue possible par le protectionnisme que les autorités chinoises ont imposé sur le marché de l’Internet. Une entreprise étrangère souhaitant exploiter l’Internet chinois doit en effet se faire héberger en Chine. Cette protection a permis aux entreprises locales de prospérer sans avoir à se soucier de la concurrence étrangère.

La censure russe

La Russie impose elle aussi que les services Internet désireux d’exploiter le marché russe soient hébergés dans le pays. Cette mesure, qui était motivée à l’origine par le désir d’instaurer une censure, a eu pour effet d’empêcher l’exportation des données personnelles des citoyens russes.

Un accord explicite qui risque de pénaliser uniquement les entreprises européennes

De son côté, l’Europe a manqué de clairvoyance, et pris des mesures (GDPR et ePrivacy) qui risquent de porter davantage préjudice aux acteurs européens qu’aux géants du net américain, déplore Plais.En particulier, les exploitants de sites Internet devront obtenir l’accord explicite des internautes pour collecter leurs cookies et leurs données personnelles. De prime abord, cette mesure, qui vise à protéger la vie privée des citoyens de l’UE, semble bien intentionnée. Mais comme le défaut de réponse à toute boîte de dialogue équivaudra à un refus, elle conduira en pratique à bloquer l’accès à de nombreux sites. Au final, ce seront une fois de plus les GAFA, qui seront les grandes bénéficiaires de ces mesures. En effet, comme elles obligent les internautes à accepter des conditions générales d’utilisation bien conçues, elles échapperont à ce risque.

Mettre fin au pillage des données personnelles des Européens

« Et pourtant, il faut réagir, faire preuve de réalisme et se protéger. Il ne s’agit pas de censurer l’internet. Ce serait absurde. En revanche, il faut mettre fin d’urgence au pillage des données des Européens, actuellement opéré par les Américains et bientôt par les Chinois », écrit Plais.Il propose donc d’obliger les différents exploitants de l’Internet à opérer leurs sites sur des cloud localisé en Europe, et de leur interdire de transférer les données personnelles des utilisateurs européens hors de l’Europe.De cette manière, on les obligerait à exploiter des sites en Europe, ce qui créerait de l’emploi sur le marché européen. De même on donnerait ainsi aux start-ups européennes une opportunité unique d’exploiter le marché européen en limitant leur concurrence

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