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En Estonie, le juge sera bientôt une intelligence artificielle

En Estonie, le gouvernement continue d’introduire des systèmes d’intelligence artificielle et d’apprentissage automatique dans ses ministères afin d’améliorer et de rationaliser les services proposés à ses résidents. L’un des prochains domaines concernés n’est autre que la Justice.  Tallinn envisage en effet d’automatiser les décisions de justice par l’introduction d’algorithmes dans les tribunaux. 

Dans ce petit pays balte, la numérisation des services publics va bon train. Les 1,3 million d’habitants sont habitués à effectuer de plus en plus de démarches en ligne, comme payer leurs impôts ou voter via internet : pratiquement tous les services gouvernementaux en Estonie sont accessibles en ligne.

L’intelligence artificielle remplace graduellement des fonctionnaires

Le dernier projet en date est le juge-robot, une intelligence artificielle qui pourra arbitrer de façon autonome des affaires de délits mineurs, et qui permettra de soulager le travail des juges et greffiers et de désengorger les tribunaux.

Les algorithmes remplacent déjà les fonctionnaires dans d’autres services. Par exemple, avant, les inspecteurs du gouvernement devaient se déplacer pour effectuer des visites de contrôle auprès de fermiers recevant des subventions. Maintenant, la « visite » se fait à l’aide d’images satellite analysées par un algorithme d’apprentissage. Ce système a permis de libérer du temps pour les inspecteurs qui peuvent désormais se concentrer sur d’autres mesures d’application de la loi. Dès la première année d’entrée en vigueur de ce dispositif, 665 000 euros ont pu être économisés.

L’intelligence artificielle est aussi utilisée pour aider les demandeurs d’emploi à trouver du travail en analysant leurs CV pour les mettre en relation avec les employeurs les plus adaptés à leur profil. Le premier bilan est concluant : 72 % des personnes ayant obtenu un emploi avec l’aide de l’I.A. occupent toujours leur poste 6 mois plus tard. Ce taux était de 58 % avant l’introduction de ce programme informatique.

Un juge-robot pour désengorger les tribunaux

Dans un nouveau projet, le plus ambitieux à ce jour, le gouvernement veut introduire l’I.A. dans son appareil judiciaire avec la création d’un « juge robot » qui pourra se prononcer sur des délits mineurs portant sur des faits aux dommages inférieurs à 7000 euros. Le projet est à ses débuts et devrait être introduit plus tard dans l’année avec un programme-pilote sur des litiges contractuels.

L’Estonie n’est pas le premier acteur à utiliser l’I.A. dans un cadre judiciaire, mais il sera le premier à donner un pouvoir de décision à un algorithme, ce qui soulève des questions éthiques.

La présidente Kersti Kaljulaid déclarait récemment à une conférence sur l’I.A. à Tallinn que l’utilisation accrue de l’I.A. dans les services gouvernementaux « nous permettra de nous spécialiser dans des domaines que les machines ne pourront jamais approcher. Je veux me consacrer à devenir un être humain chaleureux et plein de compassion. Pour cela, il est nécessaire que l’I.A. soit fiable, et que cette fiabilité soit démontrée. »

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