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Les espions chinois de plus en plus actifs sur LinkedIn pour infiltrer les entreprises occidentales

Les services d’espionnage étrangers utilisent les médias sociaux pour recruter du personnel, et le réseau commercial LinkedIn est la plateforme la plus importante dans ce domaine. Les agences de sécurité américaines, britanniques, allemandes et françaises mettent en garde contre les agents secrets étrangers qui approchent des milliers de candidats potentiels au moyen du site. Les espions chinois sont les plus actifs.

Le journal New York Times publie une série de témoignages de diplomates occidentaux qui ont été approchés par de prétendus chasseurs de têtes chinois. On leur propose souvent des emplois bien rémunérés, et on propose de les faire voyager gratuitement en Chine pour une première introduction.

L’utilisation des médias sociaux par les représentants du gouvernement chinois à des fins que les Américains qualifient de « scandaleuses » a fait l’objet d’un suivi plus strict ces dernières semaines. Facebook, Twitter et YouTube ont récemment supprimé près d’un millier de comptes, qui répandaient de la désinformation au sujet des manifestations à Hong Kong.

LinkedIn est la plateforme idéale

Selon les Américains, LinkedIn, qui appartient à Microsoft, n’est pas seulement un moyen de désinformation, c’est surtout une plate-forme idéale pour le recrutement de potentiels espions. La raison n’est pas difficile à trouver : la majorité des 645 millions d’utilisateurs sont souvent à la recherche de nouveaux emplois, même à l’étranger. LinkedIn est également la seule grande plate-forme américaine de médias sociaux en Chine. Tout simplement parce que le pays censure tout contenu délicat qui pourrait y être posté.

Les Chinois ciblent principalement les personnes qui travaillent à l’étranger pour le gouvernement ou pour des entreprises publiques. LinkedIn elle-même prétend disposer d’une équipe qui supprime de manière proactive les faux comptes sur la base des informations qu’elle obtient de diverses sources.

Les photos de profil sont développées avec intelligence artificielle

En 2017, une Donna Alexander a contacté un ancien employé de l’administration Obama. Elle s’est présentée comme une « research fellow » (chercheuse universitaire) du California Institute of Technology. Lorsque l’homme a cherché sa photo sur Google, il est tombé sur une actrice. Les recherches menées par l’Associated Press montrent que les photos de ceux qui se cachent derrière ces faux comptes sont souvent développées par une intelligence artificielle.

L’université elle-même a déclaré ne pas avoir d’informations sur une personne portant son nom. Mais son profil mentionnait parmi ses relations des personnes qui travaillaient pour la Maison-Blanche et d’anciens ambassadeurs. Les tentatives d’infiltration au plus haut niveau, à partir du réseau habituellement bien fermé de la politique étrangère américaine, fonctionnent. Beaucoup d’infiltrés utilisent une tactique totalement opposée. Ils créent les profils les plus insignifiants possibles, pour rester sous le radar de tous les contrôles possibles.

LinkedIn
Richard Baker / En images via Getty Images Images

Londres, Paris, Berlin, …

Les Chinois n’en sont pas à leur coup d’essai. Déjà en 2015, les services secrets britannique du MI6 et américain de la CIA avaient signalé des incidents similaires. En Allemagne, le Bundesamt für Verfassungsschutz a également estimé en décembre dernier à plus de 10 000 le nombre de cadres et de hauts fonctionnaires allemands approchés par les « contacts » chinois.

Déjà en octobre de l’année dernière, le journal français Le Figaro a signalé l’infiltration d’espions chinois dans des entreprises et des ministères français. Selon les services secrets français de la DGSI, pas moins de 4 000 dirigeants et hauts fonctionnaires français ont été contactés par des entreprises chinoises ces dernières années dans le but de transférer des secrets commerciaux et des secrets d’État. Ici aussi, la plupart des contacts ont été pris via le réseau social LinkedIn. Selon les Français, le système repose sur une méthode de travail précise. Le ministère chinois de la Sûreté de l’État contrôle tout et dispose à cet effet d’environ 200 000 agents.

La plupart d’entre eux se font passer pour des cadres d’une société de chasseurs de têtes, avec des noms ronflants, tels que « Global View Strategic Consulting », »China Center of International Politics and Economy » ou « Universal View Strategic Consulting ».

Leur description de poste ? « Secrétaire général du Centre pour le développement des études sino-européennes »

Leur description de poste ? « Secrétaire général du centre pour le développement des études sino-européennes », ou quelque chose de similaire. Rien que sur LinkedIn, plus de 500 de ces faux profils seraient actifs. Ils s’intéressent principalement aux jeunes cadres prometteurs issus des grandes écoles françaises, spécialisés dans l’économie domestique, la défense ou la diplomatie, ainsi que dans des secteurs tels que le nucléaire, les technologies de l’information, la nanotechnologie ou les télécommunications. Ces cibles ont donc un profil attrayant et un réseau étendu. Nombre d’entre eux font déjà partie des décideurs des grandes entreprises françaises.

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