Erdogan veut aussi restreindre la liberté de la presse de l’UE

Le gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdogan a convoqué l’ambassadeur d’Allemagne à Ankara pour lui demander de faire procéder au retrait d’une vidéo satirique diffusée par la chaîne publique allemande NDR se moquant du président turc. La vidéo, intitulée “Erdowie, Erdowo,  Erdowan” ridiculise le président turc, en présentant son palais de 1000 pièces construit sans permis de construire, l’arrestation de journalistes, et la répression de manifestants, entre autres. En Turquie, une loi rend passible de sanctions quiconque insulte le chef de l’Etat. Le pays a lancé 2.000 affaires pénales depuis août 2014 contre les personnes qui ont offensé Erdogan.Il semble qu’il souhaite maintenant étendre cette loi à l’Allemagne, affirment les commentateurs. Le mois dernier, il a fait procéder à la mise sous tutelle du journal anti-gouvernemental Zaman dans son propre pays. Désormais, ce journal ne publie plus que des articles à la gloire du régime…“Le président turc a marqué un but contre son camp”, estime le journal autrichien Kurier :“En raison d’un clip vidéo satirique qui raillait le style autocratique de son gouvernement, diffusé à la télévision allemande, Erdogan a convoqué l’ambassadeur d’Allemagne (une mesure diplomatique relativement dure) et lui a demandé que la vidéo soit supprimée. Cela a provoqué une vague de parodies sur Internet, qui ont prouvé du même coup à quel point la vidéo satirique était exacte. ErdoÄŸan devra apprendre que l’on ne peut pas simplement interdire la critique et la satire dans les pays libres. Et l’Europe devrait peut-être se demander à quel genre de personnage elle a confié la mission de réaliser une partie de ses politiques”.Le magazine Spiegel Online enjoint le gouvernement allemand d’intervenir:“La chancelière Angela Merkel et d’autres politiciens de l’UE doivent trouver un équilibre entre d’une part la préservation de la Turquie en tant que partenaire, et d’autre part, ne pas trahir nos valeurs universelles et non négociables. […]De plus, le gouvernement allemand doit envoyer un signal fort et clair. Ce n’est pas le temps de garder le silence. L’Allemagne devrait saisir cette occasion comme une opportunité pour défendre l’importance de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Et elle doit demander que la Turquie respecte aussi ces valeurs. Si elle ne le fait pas, alors elle s’exposera à être accusée de laisser aller les choses pour respecter la sensibilité d’Erdogan afin de ne pas compromettre l’accord sur les réfugiés”.

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