Economie

Des Vénézuéliens désespérés s’attaquent maintenant aux bateaux de pêche en mer

Au Venezuela, la misèreéconomique a poussé de nombreux pêcheurs locaux à se reconvertiren pirates afin d’échapper au chômage, rapporte Colin Freeman,correspondant étranger du journal britannique The Telegraph. Cesnouveaux pirates des Caraïbes opèrent au large des côtes deTrinidad et s’en prennent à d’autres pêcheurs locaux dont ilsvolent les embarcations, qu’ils maltraitent ou kidnappent.

Pêcheurs pauvresreconvertis en pirates

La plupart des attaquesdans cette zone ont lieu avant le coucher du soleil afin que lespirates puissent disparaître dans l’obscurité. Cependant, personnene doute de l’endroit d’où ils viennent, ont expliqué plusieursvictimes. Ces pirates ont leur base au Venezuela où des années decrise économique sous le président Nicolas Maduro ont mis descentaines de pêcheurs et même des gardes-côtes nationaux auchômage. Ceux-ci s’adonnent maintenant à la piraterie.

Trinidad, l’île la plusméridionale des Caraïbes, se trouve à seulement 15 km duVenezuela, d’où les pirates opèrent depuis des villes de pêcheurscôtières appauvries telles que Guïria. Ces pirates seraientd’anciens employés de la flotte thonière du Venezuela, pays quis’est effondré après un programme de nationalisation désastreuximposé par le prédécesseur de Maduro, Hugo Chavez.

Le banditisme maritime deGüiria rappelle la crise la piraterie en Somalie où des pêcheurspauvres s’étaient également tournés vers le détournement denavires après l’effondrement du pays dans les années 90.Toutefois, alors que les pirates somaliens se déplaçaient en pleinemer pour détourner d’énormes navires de charge, les piratesvénézuéliens restent beaucoup plus proches de la côte. Parconséquent, la plupart de leurs victimes sont des compagnons depêche de Trinidad, travailleurs qui ne sont pas beaucoup plus richesque les voleurs.

A cause de ces menaces, denombreux pêcheurs ont décidé de rester à terre et de chercher unautre emploi. D’autres pêcheurs de Trinidad ne pêchent que de nuitavec leurs lumières éteintes ou ont amélioré les moteurs de leursbateaux de 75 à 200 CV afin d’augmenter leurs chances de s’évaderrapidement. Entre-temps, les attaques hebdomadaires se multiplient.

« Parfois, lespêcheurs se font voler, mais dans d’autres cas, ils sont emmenés auVenezuela et faits prisonniers jusqu’à ce qu’une rançon soitpayée », explique Esook Ali, dirigeant d’une association de pêchelocale. Au début, les rançons étaient comprises entre 5.000 et10.000 dollars, mais récemment certaines ont atteint les 33.000dollars. « Les personnes de notre communauté ne peuvent pas se lepermettre. Nous avons demandé des escortes à la garde côtière,mais on ne nous a rien donné. »

Drogues et armes

Cependant, les communautésde pêcheurs de Trinidad ne sont pas les seules à s’inquiéter. Lespirates ne font pas qu’attaquer les bateauxde pêches. Les pirates sont également des passeurs prolifiques. Ilexiste une contrebande d’armes et de cocaïne entre le Venezuela etTrinidad. Les armes proviendraient dans de nombreux cas des forces desécurité vénézuéliennes sous-payées, désespérément en quêtede revenus afin de pouvoir continuer à assurer la subsistance deleurs familles.

Ces mêmes passeursrentrent ensuite au Venezuela avec d’importantes quantités decouches, d’huile de friture et riz, produits qui manquent cruellementdans le pays de nos jours et qui sontrevendus jusqu’à quatre fois leur valeur sur le marché noir. Lesgarde-côtes vénézuéliens seraient également impliqués dans desactes de piraterie.

Selon plusieurs pêcheurs,ces gardes-côtes arrêtent les pêcheurs les accusant de pêcheillégale dans les eaux territoriales du Venezuela. Uneamende pouvant aller jusqu’à 3.000 dollars est alors exigée souspeine de se voir emprisonné. Lorsqueles pêcheurspaient l’amende, leursbateaux sont malgrétout bien souvent confisqués.

La police de Trinidadcraint également que l’afflux de drogues et d’armes à feualimente les crimes violents, qui atteignent déjà un sommet sansprécédent.

Port of Spain, la capitalede Trinidad, compte de nombreux ghettos violents. L’île enregistreplus de cinq cents meurtres chaque année. Trinidad ne compteque 1,3 million d’habitants et le taux de meurtres y est environ vingtfois plus élevé qu’à Londres.

Etant donné sa proximitéavec le Venezuela, l’île est déjà une plaque tournante pour lescartels de cocaïne d’Amérique latine qui exportent vers l’Europe et l’Amérique. En outre, des fonctionnaires de la police locale et desgardes-côtes prendraient part également auxactivités des cartels de drogue.

Une sortie de crise auVenezuela semble peu probable. En effet, les États-Unis ont imposéde nouvelles sanctions au gouvernement plus tôt cette année aprèsavoir accusé Nicolas Maduro d’avoir remporté un second mandat entruquant les voix.

L’hyperinflation au Venezuela a atteint 1.000.000%. Le bolivar, la monnaie vénézuélienne, est devenu sans valeur. Il n’y a plus de nourriture dans les magasins et les hôpitaux n’ont plus de médicaments. Les partis d’opposition ont été interdits. On redoute maintenant que la situation ne dégénère en guerre civile. 

En raison des problèmes dans leur pays, plus de trois millions de Vénézuéliens ont déjà émigré. Trinidad a jusqu’à présent accueilli environ 40 000 réfugiés vénézuéliens.

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