Politique

L’ambition de création d’une défense européenne semble « irréaliste »

L’Union européenne veut se doter d’une force de défense commune et envisage de multiplier par 8 le budget correspondant au cours de la prochaine décennie. Mais selon les auditeurs de la Cour des comptes européenne, un tel effort, aussi important qu’il puisse paraître, sera très insuffisant pour réaliser ses ambitions. 

Depuis son arrivée au pouvoir aux Etats-Unis, le président américain Donald Trump a fustigé à plusieurs reprises l’échec de certains membres de l’OTAN à remplir leurs obligations en matière de dépenses militaires, induites par cette alliance. En conséquence, les relations se sont tendues récemment avec les Etats-Unis, qui apparaissent plus réticents à conserver leur rôle traditionnel de défenseur des autres membres de l’OTAN.

Une multiplication par 8 des dépenses

En réaction, l’Union européenne, et plus particulièrement la France, envisage de plus en plus de se doter d’une force de défense commune. Outre une autonomie stratégique, cette force pourrait également être le reflet militaire de la puissance économique mondiale de la région. En conséquence, dans son projet de budget pour la période 2021-2027, le bloc envisage d’augmenter de 700 % ses dépenses dans le domaine de la défense. Celles-ci passeraient donc de 2,8 milliards d’euros à 22,5 milliards d’euros.

Mais dans son rapport annuel consacré à la Défense, la Cour des comptes européenne a douché les espoirs européens. Selon les auditeurs, en effet, les ambitions de l’Europe reviennent à vouloir créer une nouvelle OTAN. Et pour de telles ambitions, « il faudrait un investissement de plusieurs centaines de milliards d’euros pour combler les écarts de capacités actuelles », écrivent-ils. En effet, les Etats-membres ont non seulement sous-investi, mais ils ont également réduit leurs budgets de défense respectifs, sans se coordonner.

La défense européenne et le Brexit

Le rapporteur Juhan Parts, qui est aussi l’ex-Premier ministre d’Estonie, pointe également le problème posé par le départ de la Grande-Bretagne en raison du Brexit. Le pays est en effet l’une des deux grandes puissances militaires du bloc, aux côtés de la France. Il assure à ce titre près d’un quart des dépenses militaires réalisées au sein de l’UE.

Son divorce d’avec l’UE aggrave bien sûr le problème des retards accumulés dans le domaine de la défense. « Si un très grand membre avec un budget et des forces militaires énormes quitte l’UE, alors cet écart devient encore plus grand », souligne Parts. Dans le contexte du Brexit, l' »autonomie stratégique » évoquée par les membres de l’UE devient encore plus « irréaliste », d’autant que l’inadéquation entre les ressources et les budgets qui y sont consacrés va se creuser de manière drastique, explique-t-il.

Pas de vision commune concernant le concept de défense européenne

Le rapport souligne également que la création d’une force commune européenne aurait de grandes chances de dupliquer une grande partie des activités de l’OTAN. En effet, les membres de l’UE sont tous membres de l’OTAN, à l’exception de 5 d’entre eux. 

De plus, tous n’ont pas une perception identique des menaces, de même qu’il n’existe pas non plus de vision commune concernant la définition du concept de défense européenne, des règles et des engagements qu’elle impliquerait. Par exemple, pour certains États membres, cette défense devrait principalement être axée contre contre la Russie. Pour d’autres, en revanche, les plus grandes menaces émanent de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Il en résulte une approche qualifiée de « vague » par les auditeurs de la Cour des comptes.

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