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Coca-Cola parraine des scientifiques mais est autorisé à détruire les études qui ne lui conviennent pas

Quand de grandes firmes comme Coca-Cola financent la recherche, ce n’est pas sans certaines conditions. Selon une enquête publiée début mai dans la revue Journal of Public Health Policy, les accords de recherche conclus entre Coca-Cola et plusieurs universités aux Etats-Unis et au Canada confèrent toute latitude au géant des boissons pour mettre un terme aux recherches dès qu’il en éprouve le désir, et les chercheurs se disent étouffés par la société.

Contre Coca-Cola et les autres firmes de boissons gazeuses, la critique gronde. Les arguments s’accumulent qui font le lien entre la consommation de boissons sucrées et caloriques comme les sodas et des problèmes de santé comme l’obésité et le diabète de type 2, et les ventes de soda n’ont pas le vent en poupe aux Etats-Unis ces dernières années.

Des recherches qui mettent en cause le manque d’exercice

S’inspirant des méthodes de l’industrie du tabac, « Big Soda » finance des initiatives de santé publique afin de mieux comprendre et combattre des problèmes qu’il a en partie causés, notamment avec des subventions de recherche.

Ces « dons » sont toutefois critiqués, étant donné que les recherches ont tendance à favoriser les arguments de l’industrie qui les finance. Dans le cas de Coca-Cola, la recherche tend à démontrer que certains facteurs comme le manque d’activité physique ont plus d’impact sur les taux croissants d’obésité que la consommation de boissons sucrées, ou que les politiques de prévention de l’obésité devraient surtout encourager les enfants à faire de l’exercice.

Face aux critiques, Coca-Cola assure que le financement de recherches par la compagnie est totalement transparent. En 2016, Coca-Cola a publié la liste des chercheurs ayant reçu des subventions depuis 2010 et a répété que ceux-ci conservaient le plein contrôle sur le protocole de leurs études et sur l’analyse des données, que les subventions étaient attribuées sans restrictions d’utilisation, que les chercheurs étaient encouragés à publier leurs recherches et enfin que Coca-Cola n’avait pas le droit d’empêcher la publication des recherches quelles qu’en soient les conclusions.

Un droit de regard sur les travaux de recherche

Face à ces belles promesses, des chercheurs du Royaume-Uni et d’Italie ont décidé de vérifier si Coca-Cola tenait parole. Ils se sont pour cela alliés au groupe de défense des consommateurs US Right to Know. L’organisation a déposé 129 demandes de documents sur une période entre 2015 et 2018 en vertu de la loi d’accès à l’information (Freedom of Information Act), documents concernant les universités publiques et les chercheurs ayant reçu des subventions de recherche Coca-Cola.

Parmi les pages et les pages de documents transmis, l’équipe trouva cinq accords de recherche passés entre la firme et des universités aux Etats-Unis et au Canada. Les études qui devaient résulter de ces collaborations exploraient notamment l’effet de l’apport en calories et de l’activité physique sur la prise de poids chez les jeunes adultes.

Comme promis, tous les accords mentionnaient explicitement que Coca-Cola n’avait pas le droit d’interférer avec le protocole des études, l’analyse de données ou la publication. Mais certains paragraphes impliquaient aussi que Coca-Cola pouvait examiner les recherches avant le début du processus de publication et faire des commentaires, mettre fin à une étude avant terme sans donner de raisons, et dans certains cas, confisquer certaines données recueillies par les scientifiques.

« Des découvertes d’intérêt public potentiellement détruites »

Les auteurs de l’étude dans le Journal of Public Health Policy notent prudemment qu’il n’y a pas de preuve directe montrant que Coca-Cola aurait mis un coup d’arrêt à une étude car les résultats n’étaient pas au goût de la société. Cependant, le co-auteur de l’étude et co-directeur de US Right to Know, Gary Ruskin, souligne que le véritable problème est que Coca-Cola, malgré ses promesses, a le pouvoir d’influencer ou de couler les recherches qu’elle finance – et on n’aurait aucun moyen de le savoir.

Il formule ainsi sa pensée au site d’information Gizmodo : « Dans l’intérêt de la santé publique, nous devons avoir une solide connaissance des études existantes. Si des firmes comme Coca-Cola détruisent en secret certaines études et qu’il n’en reste plus de traces, alors cette connaissance qui pourrait faire avancer la santé publique est également détruite », et ajoute que : « Le rapport montre que c’est en leur pouvoir, et ça devrait nous alarmer ».

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