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Les Chinois plébiscitent les systèmes de crédit social

En Chine, divers systèmes de crédit social d’entreprises privées ou du gouvernement ont été mis sur pied pour recueillir, regrouper et diffuser des données sur le comportement des citoyens en ligne et hors ligne. Hors de Chine, ces systèmes ont valu à la Chine le surnom de « premier État totalitaire numérique au monde » dans The Economist, alors que dans le pays ils sont vus comme un moyen de générer quelque chose qui manque au pays : la confiance.

Et pour celle-ci, une surveillance continuelle et la perte de la vie privée seraient un petit prix à payer.

Le centre mondial de la contrefaçon… ne fait pas confiance

Comme dans d’autres pays développés, la croissance économique de la Chine a débordé ses capacités à créer et maintenir des institutions servant à promouvoir la confiance envers les entreprises. Par exemple, un peu plus de 10 ans après le scandale du lait frelaté en Chine, les parents chinois ne font toujours pas confiance à la filière laitière du pays. La Chine est par ailleurs le centre mondial des contrefaçons. Ses firmes les plus en vue comme le géant de la vente en ligne Alibaba sont connues pour être des marchés florissants des imitations, ce qui sape la crédibilité du commerce en ligne chinois en général.

La confiance entre les individus ne se porte pas beaucoup mieux. Des histoires de fraudes ciblant des personnes, notamment des arnaques de rencontres en ligne ou des escroqueries pyramidales tournent régulièrement dans les infos chinoises, ce qui contribue à créer un climat général de méfiance. Pour le gouvernement chinois, ces problèmes sont plus que des problèmes sociaux.

Mesurer la fiabilité de chacun

Pour s’engager dans une société « basée sur la consommation » comme le souhaite le gouvernement chinois, les consommateurs doivent avoir accès au crédit. Donc, en 2014, le gouvernement a lancé sa stratégie pour établir un « système de crédit social » à l’échelle nationale avec des mécanismes qui permettent de récompenser ou punir les personnes et sociétés selon leur « fiabilité » à travers un éventail de mesures.

Le projet vise à attribuer à chaque citoyen d’ici 2020 une note de confiance en fonction de son comportement. Ce score devrait servir pour attribuer des récompenses et des sanctions, comme par exemple des restrictions de déplacement, des barrières pour l’obtention d’un prêt ou pour mettre ses enfants dans certaines bonnes écoles. En attendant ce système global, il existe déjà des dispositifs en place dans certains secteurs et certaines villes. Et le gouvernement n’est pas le seul à surveiller ses citoyens. En parallèle, des entreprises privées comme le géant du commerce en ligne Alibaba développent leurs propres systèmes.

Un plébiscite des systèmes de surveillance

Le caractère intrusif de ces systèmes ne semble pas déranger les Chinois. Lors d’un sondage récent, 80 % des 2200 personnes interrogées ont déclaré qu’elles étaient inscrites sur au moins un système de crédit social commercial, mais seulement 7% étaient conscienets qu’elles étaient incluses dans un système du gouvernement. En tout, 80% des personnes se sont déclarées en faveur de tels systèmes, surtout parmi les citadins plus âgés, éduqués et aisés ; une tranche démographique en général plus attachée à la protection de la vie privée.

Peut-être que de nombreuses personnes n’ont pas réalisé toutes les implications d’avoir leurs vies enregistrées de manière si détaillée. D’un autre côté, 76% des participants au sondage ont déclaré que la « méfiance mutuelle entre les citoyens » posait problème dans la société chinoise.

Les systèmes de crédit social sont vus comme un moyen de renforcer la confiance du public. Ceux qui soutiennent de tels systèmes sont souvent ceux qui ont l’impression d’en bénéficier, les individus vertueux qui ont été récompensé par un prêt, par la possibilité de louer une voiture sans avoir à laisser un dépôt de garantie… Les améliorations dans la qualité de vie sont alors perçues comme valant l’atteinte à la vie privée. Cela sera-t-il toujours le cas quand le système de crédit social sera implémenté à l’échelle nationale ?

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