Economie

Ceux qui paient 19 euros pour un vol à destination de Barcelone ne doivent pas se plaindre lorsqu’ils sont cloués au sol

La compagnie aérienne low-cost irlandaise Ryanair annulera 50 de ses 160 vols réguliers cette semaine. La Belgique est ainsi la plus touchée par la grève du personnel qui résulte de conditions d’emploi précaires. Les Belges ne sont certainement pas seuls, car un total de 50 000 passagers seront affectés en Europe.

Ces conditions d’emploi précaires se traduisent par de bas salaires et des conditions de travail souvent douteuses. Des histoires suffisamment éloquentes circulent à propos de ces conditions. Sur le blog de voyage Travelblog.nl, l’assistante de cabine Monika Gwardynska de Ryanair raconte son histoire. Elle travaillait chez Ryanair depuis 2012 à Eindhoven, où elle a été informée du jour au lendemain qu’elle était transférée à Dublin. Dans TravelPro, Gwardynska témoigne

Fin mai 2017, j’ai été informée par courrier que je devais commencer à travailler et à vivre à Dublin à partir du 1er juillet. En tant que mère célibataire avec un enfant de 2 ans, j’étais dépendante d’un réseau social que j’avais construit à Eindhoven, et je venais d’obtenir une maison à louer en logement social là-bas. Quand j’ai indiqué que je refusais d’aller à Dublin et que je voulais rester à Eindhoven, j’ai été licenciée sur-le-champ.”

© EPA

Ryanair & co, pionniers de l’économie à bas coûts

Le prix de ces pratiques douteuses est également payé par les passagers, en plus des employés de Ryanair. Les entreprises à bas coûts ont une chose en commun: elles paient le salaire le plus bas possible et n’accordent que très peu d’avantages extra-légaux à leurs employés. Le secteur de l’aviation est un pionnier dans ce domaine, car des sociétés telles que Virgin Express et Ryanair ont jeté les bases de l’économie à bas coûts.

Le prix d’un billet aller-retour pour un voyage en avion a chuté d’environ 64 % au cours des 20 dernières années, comme l’ont montré l’année dernière les calculs de l’association de l’aviation IATA. Cette baisse est une conséquence logique de l’augmentation de l’offre grâce à la montée en puissance des compagnies aériennes à bas coûts.

La schizophrénie de notre époque

Pourtant, Ryanair est l’une de ces sociétés qui, malgré les critiques des citoyens, reste extrêmement populaires. “Ryanair fait partie de ces entreprises que les citoyens adorent critiquer mais qu’ils continuent d’utiliser malgré tout. Au fond, le citoyen est souvent anti-mondialiste à titre privé mais très libéral lorsqu’il prend sa casquette de consommateur ; c’est la schizophrénie de notre époque”, avait écrit Amid Faljaoui dans Trends.

Ce qui est bon marché se paie cher

Mais lorsque l’on ne paie que 19 euros pour un billet d’avion pour Barcelone, on peut se demander ce que la compagnie aérienne peut faire avec une telle somme. Les salaires ne peuvent être que low cost avec de tels prix, réduits au strict minimum et se situer constamment aux limites de la légalité. Dans plusieurs pays, les entreprises à bas coûts tentent d’échapper à la sécurité sociale en offrant des contrats saisonniers à (une partie du) personnel. Le siège de ces sociétés est souvent basé dans les pays où la fiscalité est la plus favorable (lire : l’Irlande, qui s’est bâtie une réputation de pôle fiscal dans la politique commerciale mondiale des multinationales). 

De cette manière, le “low cost” fait la meilleure publicité pour le “coût normal”

Mais l’économie à bas prix, les billets d’avion bon marché et la démocratisation du transport aérien ont aussi leur côté moins attrayant. Car qui va finalement payer le prix de la grève ? Le passager…

En conséquence, le vacancier sans méfiance est soudainement pris en otage. Des vacances attendues pendant toute une année débutent sous un ciel tumultueux. Et le “low cost” fait ainsi la meilleure publicité pour le “coût normal”.

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