Economie

Cette firme chinoise menace de contrôler le bitcoin et les autres monnaies virtuelles

Vous n’en avez sans doute jamais entendu parler, mais la firme chinoise Bitmain, qui fabrique des circuits intégrés «ASIC », réalise des bénéfices estimés à plus de 3 milliards de dollars par an (environ 2,5 milliards d’euros). Sa particularité, c’est qu’elle est spécialisée sur le minage de monnaies virtuelles, et elle a acquis le monopole de ce marché, ce qui suscite de vives inquiétudes.

En effet, les monnaies virtuelles ont été conçues pour s’affranchir des institutions monétaires traditionnelles, et des décisions qu’elles peuvent prendre. Il est donc désagréable pour leurs adeptes de constater qu’une entreprise privée exerce de facto un certain contrôle sur ce marché.

L’émergence des circuits intégrés pour le minage

Au tout début du bitcoin, il était possible de miner la monnaie virtuelle à partir d’un simple ordinateur portable. Mais lorsque l’intérêt pour la cryptomonnaie s’est accru, les mineurs ont commencé à équiper leurs ordinateurs avec des puces plus puissantes pour effectuer plus de calculs et gagner plus d’argent. Les CPU, qui équipent les ordinateurs portables ont donc été remplacées par des puces graphiques haut de gamme, les GPU.

À la fin de l’année 2013, le cours du bitcoin a atteint 1000$ (environ 850 euros) pour la première fois, et les mineurs ont commencé à se tourner vers les circuits intégrés ASIC (Application Specific Integrated Circuit en anglais, ou Circuit intégré propre à une application, en français), qui intègrent les algorithmes nécessaires à la réalisation de ces opérations directement dans leur silicium. De ce fait, ces matériels sont plus rapides, et consomment moins d’électricité que les GPU. Les mineurs qui les utilisent bénéficient donc d’un avantage substantiel sur les autres.

Bitmain

L’engouement pour le bitcoin, et la flambée de son cours, ont provoqué l’arrivée d’un grand nombre de startups qui se sont lancées dans la fabrication de circuits intégrés ASIC. Mais la plupart d’entre elles ont fait faillite, et désormais, ce marché est dominé par Bitmain, une firme chinoise qui s’est spécialisée dans la fabrication de ces circuits électroniques particuliers. On estime que c’est elle qui a vendu les équipements qui génèrent 80 % des sommes obtenues par minage dans le monde des monnaies virtuelles.

Bitmain propose maintenant des circuits dédiés au minage d’une douzaine de monnaies virtuelles différentes. Ses clients sont pour la plupart de grandes entreprises de minage qui effectue ces opérations dans des endroits où l’électricité est bon marché, comme la Chine rurale.

Un monopole inquiétant

Mais le monde des monnaies virtuelles commence à s’inquiéter du monopole qu’elle détient, et de la puissance qu’elle en retire. Bitmain utiliserait ses matériels pour miner du bitcoin elle aussi, et selon Blockchain.info, ses “pools” de minage représenteraient plus de 40 % de la puissance informatique consacrée au minage du Bitcoin. Or, les décisions concernant l’avenir du bitcoin sont soumises au vote des détenteurs, et compte tenu du pourcentage de transactions qu’elle contrôle, Bitmain a beaucoup d’influence.

Cette domination n’a pas échappé aux concepteurs d’autres cryptomonnaies, qui tentent désormais de concevoir des monnaies virtuelles que l’on ne peut pas miner au moyen des circuits ASIC (de Bitmain). Mais ils ne réussissent pas toujours. Ainsi, récemment, Bitmain a lancé un circuit spécifique dédié au minage de l’Ethereum, une monnaie virtuelle dont on avait affirmé qu’elle ne pourrait pas être minée avec les circuits intégrés ASIC. L’annonce de ce lancement a provoqué l’effondrement des cours des fabricants de puces graphiques. Les concepteurs des monnaies virtuelles Zcash, Monero, et Siacoin, ainsi que les utilisateurs, redoutent qu’elle s’empare de la majorité de la capacité de minage de leur réseau, et qu’elle profite de sa puissance pour attaquer ou perturber celui-ci.

Jihan Wu, le CEO de Bitmain, balaye les critiques concernant ce monopole: « Si ce n’avait pas été nous, ç’aurait été Intel, ou NVIDIA, ou AMD ».

La Chine n’aime pas les cryptomonnaies

Mais son monopole ne met pas la firme à l’abri pour autant. Le gouvernement chinois a déjà manifesté qu’il n’approuve pas les monnaies virtuelles en interdisant les Initial Coin Offerings et a interdit les transactions en cryptomonnaie dans le pays.

C’est peut-être pour contourner une potentielle répression à venir contre les entreprises qui se livrent au minage que Bitmain a annoncé qu’elle ajoutait une nouvelle corde à son arc : le développement de puces dédiées à l’intelligence artificielle.

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