« L’absurdité d’une adhésion de la Turquie à l’UE doit être démystifiée »

La montée des tensions entre la Turquie et l’UE menace désormais l’accord que les deux parties ont conclu en mars sur l’attribution d’une aide financière de 6 milliards d’euros en échange d’une collaboration sur la question des réfugiés. La Turquie a récemment exigé le paiement de la moitié de cette somme, réclamant que l’argent soit transféré à des organisations qui dépendent du gouvernement turc. Mais l’Europe lui a rétorqué qu’elle remettrait l’argent à des ONG indépendantes et des agences dépendant de l’ONU, une liste qui ne comprend pas une seule organisation turque. Un compromis pourrait être trouvé ; l’UE serait disposée à transférer à Ankara 1 milliard d’euros d’ici la fin du mois de juillet, dont la moitié à des organismes gouvernementaux turcs. Dans un éditorial, le journal britannique Times invite le gouvernement britannique à cesser de prétendre soutenir la candidature de la Turquie pour son adhésion à l’UE. Le pays est trop grand, il a une trop grande population, et il est trop mal gouverné, écrit le journal.“Il y a six ans, le président Erdogan, qui était alors Premier ministre, semblait être un bon pari. Il avait restreint les pouvoirs de l’armée, une source traditionnelle d’instabilité. Il a exprimé sa volonté de négocier avec les Kurdes. Et sa marque d’un type modéré d’Islam politique, semblait séduisante pour les réformateurs du Moyen-Orient. Depuis lors, le président Erdogan a systématiquement démantelé la confiance des Occidentaux dans son style de gouvernement : il a concentré le pouvoir autour de lui, il a sapé le parlement et le pouvoir judiciaire. […] Les journaux sont fermés et ceux qui l’insultent sont arrêtés. Maintes et maintes fois, les rapports de l’UE concernant son évolution ont signalé que le pays glisse vers un régime autoritaire. Et pourtant, le processus d’ouverture de l’UE à la Turquie, qui avait été démarré quand cette dernière s’est portée candidate à l’adhésion en 1999, s’est poursuivi.Cette farce de l’UE avait une fonction : elle avait pour but d’offrir des perspectives, même dans un avenir lointain, aux réformateurs turcs. Mais Erdogan ricane au nez de ces réformateurs et se vante que l’Europe a bien plus besoin de la Turquie que celle-ci n’a besoin de l’Europe. […] Il y a un besoin urgent pour plus de clarté. Le fait est que la Turquie, avec ses 75 millions d’habitants (et même 91 millions projetés pour 2050) est trop grande pour être absorbée par l’UE. Bien qu’Erdogan ait présidé sur une période de forte croissance économique, le PIB par habitant reste inférieur à la moitié de la moyenne de l’UE, et les écarts de revenus au sein de la Turquie sont énormes. L’adhésion signifierait un exode vers l’Ouest. La géographie de la Turquie, dont 97 % du pays sont situés en Asie, joue également en défaveur de l’adhésion. La crise des réfugiés a montré qu’il serait insensé pour l’UE de partager une frontière avec la Syrie, l’Iran et l’Irak. […] La Grande-Bretagne peut penser qu’une ambiguité diplomatique à l’égard de la Turquie pourrait avoir une influence modératrice sur M. Erdogan. Mais l’histoire de ces quelques dernières années suggère que l’UE n’a que peu ou absolument aucun influence sur le président. Cela n’a fait que renforcer en lui l’idée qu’il peut nous menacer avec succès. Le harcèlement qu’a dû subir Angela Merkel au sujet des commentaires offensants d’un comique allemand est un signe avant-coureur de ce qui nous attend.”

Show More

Express devient Business AM

Close
Close