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Le Ghana et la Côte d’Ivoire s’entendent pour imposer un prix plancher pour le cacao

C’est un événement qualifié « d’historique » par certains analystes : les deux plus grands producteurs de cacao du monde, le Ghana et la Côte d’Ivoire, se sont entendus pour imposer un prix plancher sur leurs ventes de cacao. Ils espèrent ainsi faire remonter les cours de cette matière première pour que les petits producteurs soient mieux rémunérés. 

Les deux pays, qui fournissent à eux seuls les deux tiers de la production mondiale de cacao, se plaignent en effet de ne pas avoir une plus grande influence sur les cours de cette matière première. Mercredi, ils ont annoncé qu’ils suspendaient les ventes de cacao de l’année prochaine tant qu’un accord ne serait pas atteint sur un prix plancher minimum de 2600 dollars la tonne.

Rémunérer décemment les petits producteurs

Traditionnellement, en effet, la récolte de cacao est vendue par anticipation au milieu de l’année précédente, et c’est donc le cacao de la saison 2020-2021 qui sera prochainement négocié.

Suite à de gros efforts menés pour réformer l’agriculture en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, la production de ce pays avait augmenté de 30 % en 2017… dans un contexte de surproduction mondiale, ce qui a fait chuter encore davantage les cours. Mais depuis, grâce à la demande toujours croissante pour le chocolat, les prix se sont rétablis. Désormais, ils se rapprochent des 2600 dollars exigés par les deux pays, et selon les observateurs, on ne devrait donc pas assister à un bras de fer entre les acheteurs et les deux pays producteurs.

Le gouvernement ivoirien souhaite que les producteurs de cacao du pays soient rétribués à hauteur de 70 % sur ce prix de vente, soit 40 % de plus que ce qu’ils perçoivent actuellement.

Aujourd’hui, le gouvernement ivoirien exige que les planteurs soient payés au minimum 750 francs CFA le kilo, soit 1,14 euro, mais bien souvent, au moment de la négociation dans les plantations, ce prix plancher n’est pas respecté… et selon l’Association nationale des producteurs de Côte d’Ivoire, l’Anaproci, le cacao est plutôt vendu entre 500 et 700 FCFA le kilo (soit entre 0,76 et 1,07 euros), ce qui ne permet pas de rétribuer décemment les producteurs.

Le secteur semble avoir pris l’annonce avec pragmatisme. « Le cacao n’est pas une matière première assez chère », concède même le CEO de Cémoi, un chocolatier français. « On espère qu’en 2020-2021, le prix demandé par le Ghana et la Côte d’Ivoire deviendra le prix de marché », ajoute-t-il.

La fin de la contrebande ?

Cet épisode signe aussi une nouveauté politique, le rapprochement des deux pays africains. Suite à la chute des cours, en 2016, certains producteurs du Ghana avaient tenté d’exploiter les prix planchers plus favorables de la Côte d’Ivoire, en faisant passer leur cacao en contrebande dans le pays voisin. L’année suivante, c’étaient leurs homologues ivoiriens qui se livraient aux mêmes pratiques pour tenter de tirer parti du prix de vente plancher plus favorable au Ghana.

Cette entente pourrait mettre fin à cette contrebande importante, explique François Ruf, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) : « On passerait à une étape supérieure, où il y aurait une position commune vis-à-vis de l’exportation. Est-ce que ça va tenir ? Est-ce que les deux pays ont la capacité de faire face à leur prétention ? C’est encore une inconnue, mais il y a déjà un premier pas qui est très intéressant. »

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