Politique

« Un partenaire politique important » : La Biélorussie se rapproche de l’UE

Alexandre Loukachenko, le président de la Biélorussie, s’est rendu mardi à Vienne en Autriche, où il a rencontré son homologue autrichien, Alexander Van der Bellen, et le Premier ministre, Sebastian Kurz. C’était sa première visite dans un pays membre de l’UE en plus de 3 ans, et selon Le Point, il faut y voir une volonté de rapprochement avec le bloc.

Loukachenko, parfois décrit comme “le dernier dictateur européen”, gouverne son pays d’une main de fer depuis 1994, et l’on y pratique encore la peine de mort.

« L’UE devient un partenaire politique important pour la Biélorussie »

Lors de la conférence de presse à l’issue de son entrevue avec son homologue autrichien, il a été questionné sur l’ouverture de la Biélorussie et les possibles atteintes aux droits de l’homme et aux libertés démocratiques.

Mais cet aspect, qui est revenu le plus souvent dans les médias, a possiblement masqué un autre plus important concernant le sens à donner à cette visite. C’est le président autrichien qui l’a lui-même énoncé, évoquant “un certain rapprochement avec l’UE”. “L’UE devient un partenaire politique et un partenaire d’investissement important pour nous”, lui a répondu le président biélorusse

Kurz et Loukachenko s’étaient déjà rencontrés au mois de mars à Minsk, la capitale biélorusse. L’Autriche est en effet l’un des principaux partenaires commerciaux de la Biélorussie. C’est aussi un pays non adhérent à l’OTAN, ce qui assure une certaine neutralité, et lui permet souvent de jouer le rôle d’entremetteur entre l’Est et l’Ouest. 

Un traité prévoit la création d’une « confédération russo-biélorusse »

La Russie exhorte en effet la Biélorussie à progresser dans la mise en oeuvre d’un traité signé par les deux parties en 1999. Ce dernier prévoyait la création d’une “confédération russo-biélorusse”, dotée d’un président, d’un Parlement, d’un drapeau, d’un hymne et d’une monnaie uniques.

Mais depuis, Loukachenko a refusé de créer une union monétaire commune, un système judiciaire et une politique étrangère et une politique de sécurité communes avec son grand voisin, et cette union a été réduite à une zone de libre-échange économique et douanière. 

Cependant, la Russie semble bien déterminée à ne pas en rester là, comme l’a rappelé le Premier ministre russe Dmitri Medvedev lorsqu’il a indiqué que son pays “était prêt à aller plus loin dans la création d’un État unifié” en décembre dernier. La grande grande nation est un important bailleur de fonds pour la Biélorussie, et lui prêterait annuellement près de 6 milliards de dollars. Minsk est très dépendant du pétrole et du gaz russes, et récemment, de nouvelles taxes lui ont été imposées. Elles devraient aboutir à creuser un déficit de 11 milliards de dollars dans les finances du pays sur les 5 prochaines années. “Je comprends ces allusions : voilà votre pétrole, mais vous devez détruire votre pays et rejoindre la Russie”, a déclaré Loukachenko, indigné, en décembre.

Une solution pour Poutine

En effet, selon certains experts, la création de cette confédération aurait une valeur toute particulière pour le président russe, Vladimir Poutine. Le dirigeant russe achèvera en 2024 son second mandat, et la Constitution russe proscrit qu’il se représente pour un troisième mandat. Il a également déclaré à maintes reprises qu’il ne modifierait pas cette dernière pour reporter la fin de son mandat actuel. Et selon certains politologues, une incorporation de la Biélorussie pourrait lui apporter la solution à ce dilemme. En effet, elle créerait un nouvel Etat, rendant caduque la Constitution russe actuelle. Poutine pourrait donc se présenter à la présidence de ce nouvel Etat. 

La Biélorussie cultive les amitiés… y compris à l’Ouest

De son côté, Loukachenko, qui souhaite se représenter pour un nouveau mandat de 5 ans l’année prochaine, résiste furieusement à ce scénario.

Même s’il proclame le lien fraternel que son pays entretient avec la Russie, il a toujours tenté de se garder à bonne distance de cette dernière, et cherche à se rapprocher de l’Union européenne, de la Chine, de l’Ukraine, et même, plus récemment, des Etats-Unis.

En août, il a annoncé “l’ouverture d’un nouveau chapitre” dans ses relations avec ces derniers, en recevant à Minsk le conseiller d’alors pour la sécurité nationale américaine, John Bolton.

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