Politique

Belgique : les migrants soudanais renvoyés par Theo Francken ont-ils été torturés à leur retour au pays ?

Il y a quelques mois, Theo Francken s’était retrouvé au centre d’une polémique concernant des migrants soudanais: il avait collaboré avec le régime totalitaire du Soudan pour les renvoyer chez eux. On apprend aujourd’hui que ses migrants auraient été torturés à leur retour au pays. « Theo Francken porte une énorme responsabilité », telle est la réaction de Kristof Kalvo, chef de file Groen à la Chambre, après avoir lu les témoignages des Soudanais renvoyés quelques mois plus tôt dans un pays qui a tout d’une dictature. Le problème est le suivant: pour faciliter leur expulsion, ils ont été identifiés suite à une collaboration, polémique, entre le secrétaire d’État et les autorités soudanaises.Theo Francken ne se préoccupait pas trop de savoir quel sort leur était réservé chez eux. Face aux nombreuses critiques, il avait même reçu le soutien de Charles Michel. Aujourd’hui, même si ces témoignages doivent être vérifiés, cela donne une idée de ce qui pouvait potentiellement se passer.

« J’ai été immédiatement arrêté »

« Pendant trois heures, ils m’ont questionné et battu », explique Ibrahim, un réfugié soudanais qui est retourné au pays de son propre chef. Un autre témoigne: « Ils m’ont arrêté dès l’atterrissage, interrogé pendant quatre heures et frappé les pieds avec un bâton pour ensuite me libérer deux jours plus tard. J’ai eu si peur que je suis resté au lit malade les trois jours suivants », raconte au Morgen, Kamal, arrêté à Bruxelles parce qu’il séjournait illégalement sur le sol belge.Jamal raconte comment il a été mis sous pression pendant son interrogatoire en Belgique. Pour forcer son retour sur une base volontaire. « J’ai été immédiatement arrêté », explique l’adolescent de 18 ans à son retour au pays. « Pendant quatre heures, ils m’ont demandé pourquoi je me suis rendu en Europe, ce que je faisais. J’étais constamment battu », témoigne-t-il. Il a finalement pu être libéré non sans avoir signé un document expliquant qu’il ne pouvait plus prendre part à aucune action politique avec ordre de ne plus quitter le pays une fois rentré.

Le régime autoritaire mené par Omar al-Bashir, soupçonné de crimes de guerre et de génocide, utilise ce genre de documents pour s’assurer que les citoyens de son pays marchent au pas. Une fois signés, ceux-ci sont de facto bloqués, ne jouissant plus de droit politique.

À Liège, le Morgen récolte un troisième témoignage. Mubarak Albander, Soudanais lui aussi, a pu recevoir l’asile dans notre pays. Il sait de sa propre expérience à quel point la situation est délicate au Soudan. Et il ne comprend pas comment le gouvernement belge peut collaborer avec un tel régime: « La torture et le mauvais traitement sont monnaie courante au Soudan. J’ai été enfermé et torturé pendant deux mois. »

Il sait d’autant plus de quoi il parle, car lui-même travaillait pour la police secrète de son pays, « parce que le job payait bien ». Avant d’être pris de remords et de quitter le pays pour ensuite se faire intercepter. « Électrocution, brûlure de cigarette, coups de bâton », c’était son quotidien. Heureusement, il put ensuite s’échapper, définitivement.

Francken attend des preuves

Les témoignages récoltés sont assez nombreux que pour au moins placer le doute. Est-il normal que la Belgique, comme d’autres États européens, collabore avec un régime à tendance dictatorial? Différentes ONG avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en octobre dernier.

Theo Francken n’a pas écouté, obnubilé par ses chiffres, gardant sa ligne de conduite: empêcher toute communication qui pourrait faire croire que la Belgique est une terre d’accueil pour les migrants. Il se justifie aujourd’hui expliquant que toutes les procédures ont été respectées en regard du droit européen et international.

Il laisse toutefois la place à une enquête ouverte et indépendante: « Pour l’instant, nous n’avons pas reçu de signal que cela se produisait, pas même de la par de l’ONU. Mais s’il apparaît qu’ils sont en effet torturés, c’est un gros problème », réagit-il encore dans l’émission De Ochtend. Si c’est le cas, il a promis alors de ne plus expulser de Soudanais dans leur pays.

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