Barcelone serait-elle la Molenbeek du Sud ?

Le journal El País a consacré 12 pages complètes aux attentats de Barcelone et de Cambrils dans son édition du dimanche. Il s’intéresse aussi à Ripoll, une ville de 11 000 habitants dans la province de Gérone, située à une centaine de kilomètres de la capitale cape catalane. C’est l’endroit où Moussa Oukabir, le terroriste âgé de 17 ans, et plusieurs de ses compagnons, ont grandi. En raison de leur jeune âge, on soupçonne que quelqu’un à exercé une influence sur eux et les a radicalisés.

Les soupçons se portent sur l’imam local Abdelbak Es Satty. Ce dernier est maintenant introuvable, et selon des sources non confirmées, il serait mort dans l’explosion survenue dans la ville d’Arcana où un attentat plus important avec des bouteilles de gaz avait été planifié.Es Satty aurait séjourné plusieurs fois en Belgique et il aurait également séjourné 4 ans dans une prison en Espagne pour trafic de drogue. Il maintiendrait des liens avec des terroristes liés aux attentats du 11 mars 2004, au cours desquels 192 personnes sont mortes à Madrid dans des explosions à la bombe à bord de 4 trains de la compagnie ferroviaire RENFE.

Les musulmans en Catalogne : +20 % entre 2011 et 2015

Selon diverses estimations, quelque 500 000 musulmans résident en Catalogne, soit environ 7 % de la population. Entre 2011 et 2015, leur nombre a augmenté de plus de 20 %, selon les chiffres de la Unión de Comunidades Islámicas de España. Plus de 20 % des jeunes (<30 ans) qui habitent à Barcelone sont des musulmans. Dans des villes telles que Figueras, Salt, Rosas, Rubí, Vic, Reus, Tortosa y Valls, cette proportion monte même à 30 %.Sur la base de ces chiffres, on peut donc penser qu’un attentat similaire était prévisible. Sur son blog Acta Sanctorum, l’essayiste Johan Sanctorum se demande si Barcelone n’est pas la Molenbeek du Sud :

Pourquoi Barcelone ? Et surtout : y a-t-il un lien avec l’autonomisme catalan ?

« Les théories du complot ne manquent pas : les Mossos d’Esquadra, la police catalane détachée du ministère espagnol de l’intérieur, serait intentionnellement sous-informée par Madrid en ce qui concerne les éléments radicaux, dans l’espoir que ces derniers passent à l’action et que le peuple réclame plus de coordination, et donc moins d’autonomie en conséquence. Une nation espagnole forte qui agirait d’une manière unie contre la menace terroriste.C’est peut-être le cas, mais sur le plan démographique et politique, il existe d’autres facteurs qui laissent à penser que la Catalogne a aussi un problème interne en elle-même. La province la plus riche d’Espagne a la plus grande population musulmane du pays, un bon demi-million de personnes. On estime que 20 % d’entre elles sont radicalisées.

Le renouveau d’Al Andalus

Qu’est-ce que cela signifie en termes concrets ? Elles bénéficient des bons services sociaux, mais pour la plupart, elles vivent dans une sous-culture marginale, et contrôlent le trafic de drogue, le trafic d’armes et la traite humaine. Le réseau djihadiste qui en fait partie, est moitié criminel, moitié religieux-fanatique, et rêve même d’une Reconquista en sens inverse : le renouveau d’Al Andalus, ainsi que l’on appelle l’Espagne dans les milieux musulmans, le pays qui a été occupé par les Arabes entre 711 et 1492.

Cette Molenbeek du Sud bénéficie d’un afflux permanent de combattants salafistes du Maroc, en partie grâce aux enclaves espagnoles de ce pays, surtout Ceuta et Melilla, des zones de transit où il n’existe pratiquement aucun contrôle frontalier. L’Europe est une vraie passoire. Les Américains ont averti les Espagnols depuis 2004 qu’il y avait plusieurs groupes radicaux actifs dans la région de Barcelone qui ont suscité beaucoup de vocations de djihadistes.

Une façade progressiste moderniste

La question reste de savoir ce qui rend cette ville et la région catalane si attrayante pour ce groupe. En plus des services sociaux déjà mentionnés, meilleurs que dans le reste de l’Espagne, il est clair pour les analystes que le sentiment antihispanique, antiaméricain et anti-OTAN de la province de gauche a fourni un camouflage socio-politique privilégié pour les organisations terroristes criminelles telles que la Takfir wal-Hijra, un mouvement radical musulman qui profite explicitement de la « ré-arabisation » de l’Espagne et de l’élargissement de l’Europe.

Les Catalans veulent l’autonomie et se considèrent comme une enclave supérieure, une île de tolérance et d’élan progressif sur la péninsule ibérique. Mais pour cette raison, le thème de la sécurité a été placé en arrière-plan, et la bulle devait éclater. Comme s’ils croyaient qu’une région avec tant de musulmans ne commettrait jamais d’attaques sur son propre territoire.

A Bruxelles, Paris et Londres, ils l’ont bien mieux compris. »

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