Politique

L’Algérie donne le ton : les jeunes Africains sont lassés du club des vieux hommes dirigeants

Les problèmes en Algérie font partie d’une tendance inquiétante qui caractérise de grandes parties de l’Afrique. La déconnexion totale entre les dirigeants/ autocrates africains et leur population jeune.

D’importantes manifestations ont lieu en Algérie depuis deux semaines, après que le président Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans, a confirmé son intention de se présenter pour un cinquième mandat de six ans.

Bouteflika est un héros de la guerre d’indépendance algérienne contre la France au début des années soixante du siècle dernier. Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, il a dirigé de main de fer son pays riche en pétrole et en gaz naturel. Bouteflika a remporté de manière convaincante l’élection présidentielle. Elles ont mis fin à une guerre civile dévastatrice entre les islamistes et le gouvernement, qui a coûté la vie à plus de 200 000 personnes.

L’Algérie est devenue ce qu’elle est après avoir été un Etat islamique

En 1992, l’armée est intervenue après que le Front islamique eut remporté le premier tour des élections législatives. Ce mouvement s’efforçait d’établir un État islamique. L’armée a ensuite pris le pouvoir. Entre 1994 et 1999, le pays était alors dirigé par Liamine Zeroual, un soldat.

Bouteflika et son entourage de parents et de généraux ont mis en place une « démocratie contrôlée » (lire : un Etat policier) après leur victoire en 1999, mais ont aussi mis fin aux conflits sanglants du passé.

Bouteflika est une photo sur un chevalet

Mais Bouteflika n’est guère apparu en public ces six dernières années. Il a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral en 2013. Lorsqu’il est censé assister à des réunions ou à des cérémonies, on place une photo de lui sur un chevalet. Le fait qu’il soit toujours à la tête du pays est dû à l’incapacité des élites algériennes divisées de nommer quelqu’un d’autre qui «peut maintenir l’équilibre du pouvoir».

La situation menace de s’aggraver encore, après que Bouteflika a publié le week-end dernier une lettre dans laquelle il annonce qu’après sa réélection, il travaillerait sur « un dialogue national » qui lui permettrait de démissionner rapidement. Il souhaite organiser de nouvelles élections dans l’année, au cours desquelles il ne serait pas candidat.

L’enjeu est de taille, pour l’Algérie… et l’Europe

Mais les Algériens de moins de 30 ans qui constituent 70 % de la population n’ont pas connu la guerre civile. Ils en ont assez du système opaque et sclérosé que Bouteflika et ses partisans défendent. 29 % des Algériens de la tranche d’âge 16-24 ans sont au chômage. On peut parler d’une bombe à retardement.

Il y a donc beaucoup en jeu. Non seulement pour l’Algérie elle-même, mais aussi pour l’Europe, qui dispose d’un important fournisseur d’énergie et d’un allié dans la lutte contre le terrorisme dans le pays, qui contrôle l’immigration africaine.

Beji Caid Essebsi – EPA-EFE / STRINGER

Un club d’hommes âgés règne sur le plus jeune continent du monde

Mais les problèmes en Algérie s’inscrivent dans une tendance inquiétante qui caractérise une grande partie de l’Afrique. La déconnexion totale entre les dirigeants / autocrates africains et leur population jeune. Les Africains ont en moyenne 18 ans et cet état de choses se maintiendra pendant des décennies. Aucun autre continent ne s’en approche. En Amérique du Nord, la moyenne d’âge est de 35 ans et elle est même de 42 ans en Europe. L’Asie, avec une moyenne d’âge de 31 ans, a la population la plus jeune du monde, après l’Afrique.

Le politicien français Jean-Louis Borloo avait déclaré ce qui suit en 2017 :

« L’Afrique est l’événement le plus important dans l’histoire de l’humanité. Un continent qui est passé de 250 millions d’habitants au moment des indépendances à 1,2 milliard aujourd’hui. Qui dans 30 ans, sera à 2,5 milliards d’habitants. Est-ce que vous imaginez ce que ça représente ? 25 % de l’humanité, 40 % des moins de 20 ans. »

Mais une population jeune en Afrique n’est en aucun cas la garantie d’un leadership jeune. La Tunisie est dirigée par Beji Caid Essebsi, âgé de 92 ans (photo ci-dessus). Les dirigeants de l’Algérie, du Cameroun et de la Guinée sont tous âgés de plus de 80 ans. Le graphique ci-dessous donne une bonne illustration de ce  déséquilibre.

Corruption et tribalisme

Bien qu’il ne faille pas généraliser, la plupart des dirigeants africains des dernières décennies ont surtout excellé dans le pillage des richesses de leur terres. Peu ont pour objectif d’améliorer l’avenir de leurs sujets. Leur priorité est de protéger leurs richesses acquises illégalement et leur entourage tout aussi corrompu.

Il existe également un aspect tribal non négligeable qui associe la vieillesse au leadership. Les jeunes sont souvent ignorants à cause d’un manque latent d’éducation. Dans l’esprit tribal, les votes pour les plus anciens sont considérés comme l’option la plus avantageuse.

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