Economie

Lentement mais sûrement, l’Afrique émerge

En 2000, le magazine économique britannique The Economist avait décrit l’Afrique comme le continent désespéré. Mais comme l’Asie, qui inspirait autrefois les mêmes commentaires, l’Afrique commence peu à peu à se sortir de ses difficultés, affirme le Financial Times.  

Les 54 pays qui la composent sont encore confrontés à de graves problèmes, dont certaines comme la pauvreté, la corruption, l’injustice et les inégalités, sont bien enracinées. Dans certaines zones, la violence sévit encore, et l’on meurt encore de maladies telles que le paludisme ou la tuberculose. Le changement climatique, qui provoque de graves sécheresses et des cyclones ravageurs, n’arrange rien.

« L’événement le plus important de l’histoire de l’humanité »

Le continent africain se targue d’avoir la population la plus jeune, et celle dont la croissance démographique est la plus rapide au monde. En 1950, l’Afrique subsaharienne ne comptait que 180 millions d’habitants, soit un tiers de la population européenne. À la fin de ce siècle, 4 milliards de personnes y vivront. « L’Afrique est l’événement le plus important dans l’histoire de l’humanité. Un continent qui est passé de 250 millions d’habitants au moment des indépendances à 1,2 milliard aujourd’hui. Qui dans 30 ans, sera à 2,5 milliards d’habitants. Est-ce que vous imaginez ce que ça représente ? 25 % de l’humanité, 40 % des moins de 20 ans », avait déclaré politicien français Jean-Louis Borloo en mai 2017.

Hélas, cette croissance démographique n’est pas toujours un atout. Elle pèse lourdement sur le développement économique de la région : en effet, les actifs doivent contribuer à prendre en charge non seulement la population âgée, mais également une population de jeunes toujours croissante. En conséquence, la pauvreté se maintient dans certaines régions.

Des croissances impressionnantes dans certains pays africains

Mais même si la conjoncture économique semble morose dans certains pays, y compris le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola, de nombreuses économies africaines (l’Ethiopie, le Rwanda, le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire) enregistrent des croissances impressionnantes. L’année dernière, 6 des 10 pays ayant connu les plus fortes croissances du monde étaient Africains, et cette année, il devrait en être de même.

En conséquence, l’Afrique attire les investisseurs, notamment Chinois, Turcs ou Brésiliens, qui financent des projets d’infrastructure, ouvrant la voie à un cercle vertueux.

Cette année, la zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA), le plus grand accord de libre-échange conclu dans le monde entier depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce au milieu des années 90, a été signé par 22 pays africains. Il permet d’éliminer 90 % des droits de douane qui s’appliquaient jusqu’alors entre ces différents pays. Un tel traité permettra aux entreprises africaines de réaliser des économies d’échelle, et d’augmenter les échanges inter-africains.

Le continent a également accompli de grands progrès dans le domaine de la santé, et l’on assiste à une chute drastique des taux de mortalité infantile, et à une augmentation de l’espérance de vie, qui s’établit aujourd’hui à 65 ans.

Des améliorations sur le plan politique

Les choses se sont également améliorées sur le plan politique. Les coups d’Etat se sont raréfiés, et en dépit de quelques conflits internes par ci par là, et de poches de terrorisme, l’Afrique n’est pas aussi violente qu’on ne le croit parfois. En outre, 45 des dirigeants actuels des pays africains ont accédé au pouvoir sur base d’élections, même si celles-ci n’étaient pas toujours exemptes d’irrégularités. La croissance de la population, l’émergence d’une classe moyenne urbanisée génèrent un électorat plus critique à l’égard de ses dirigeants.

Ces derniers ont encore beaucoup à faire. Ils doivent d’abord oeuvrer pour élever le niveau d’éducation de leur pays, et former des programmeurs et des ingénieurs qui tireront la croissance de demain. Ils doivent aussi témoigner de plus de discernement à l’égard des investisseurs étrangers, de leurs projets et de l’apport réel que ces derniers représentent pour leur nation.

Mais « par-dessus tout, les dirigeants doivent placer le développement au centre de leurs préoccupations. Ils doivent fournir les biens collectifs pour permettre la croissance et créer les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent prospérer. Trop de gouvernements y sont encore pour eux-mêmes », conclut le Financial Times.

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