4 raisons pour lesquelles le plan Juncker pour relancer les investissements en Europe est voué à l’échec

La  nouvelle Commission européenne vient de dévoiler un plan pour stimuler l’investissement. L’objectif est de débloquer 21 milliards d’euros pour financer des projets d’une valeur 15 fois supérieure, soit 315 milliards d’euros.

Les décideurs de l’UE estiment en effet qu’elle souffre d’un déficit d’investissement de l’ordre de 400 milliards d’euros annuels par rapport à 2007, ou moitié moins que ce montant, si l’on prend la période antérieure pour nouvelle référence, compte tenu qu’en 2007, la bulle de crédit qui a mené à une frénésie d’investissements (dont beaucoup effectués à mauvais escient) était alors à son paroxysme.

Mais pour Daniel Gros, Directeur du Center for European Policy Studies basé à Bruxelles, ce plan est voué à l’échec. Sur le site du Project Syndicate, il cite les raisons suivantes:

1/ La démographie

Depuis 2005, la population active de l’Europe a crû, mais elle devrait commencer à se réduire à partir de 2015. Une chute de la main d’œuvre, combinée à une productivité stagnante, implique des taux de croissance beaucoup plus faibles. Cela signifie donc qu’il ne sera plus nécessaire d’investir autant que par le passé pour maintenir le ratio entre le capital et la production.

En effet, si les investissements étaient maintenus à leurs niveaux antérieurs, cela provoquerait un excès de capitaux par rapport à la production, ce qui implique une chute des rendements de ces capitaux et une hausse des prêts non performants pour les banques, ce que le système bancaire européen ne pourrait pas supporter.

2/ Il n’y a quasiment plus de problème de financement au sein de l’UE

Les recherches montrent que ce sont les attentes en matière de croissance qui sont le principal facteur de l’investissement, et que le niveau des taux d’intérêt a une influence plus limitée. Cela signifie que la politique monétaire ne peut pas être utilisée comme un instrument pour stimuler l’investissement.

En outre, à part quelques pays de la périphérie de la zone euro, qui comptent pour moins d’un quart du total de l’économie européenne, les entreprises ne sont plus vraiment confrontées à des pénuries de financement dans la zone euro, ce qui invalide la théorie de la faiblesse des investissements liée à la faiblesse de l’offre de crédit. Autrement dit, l’injection de 21 milliards d’euros, en plus des 1000 milliards que les banques proposent déjà, ne devrait pas avoir un impact significatif.

3/ Les projets d’infrastructure ne sont pas une cible judicieuse

Gros explique que les projets d’infrastructure sont souvent entravés par des questions politiques ou réglementaires qui ne pourront pas être solutionnés par une garantie financière de l’UE. Ainsi, l’absence de connexion au réseau électrique entre la France et l’Espagne ne provient pas d’un problème de financement, mais du refus des deux opérateurs majeurs des deux pays d’ouvrir le marché. Les projets de construction de routes et de nouvelles lignes de chemin de fer sont souvent entravés par des oppositions locales. Les obstacles que les grandes entreprises qui mènent à bien ce type de projet rencontrent ne sont pas financiers, et très souvent, même, elles se financent à des taux d’intérêt quasi-nuls.

4/ L’investissement n’est pas le véritable moteur de la croissance

La relance aux Etats-Unis et au Royaume-Uni s’explique largement par la reprise de la consommation des ménages, affirme Gros. C’est cette hausse de la consommation qui a provoqué la reprise de l’investissement en retour. S’ils veulent relancer la croissance en Europe, les décideurs européens devraient donc plutôt se focaliser sur la consommation, plutôt que sur l’investissement, conclut-il.

Show More
Close
Close