26% des djihadistes européens sont rentrés au pays et personne ne sait pourquoi

L’institut de recherche Soufan Group vient de publier un rapport qui indique que le nombre de djihadistes quittant l’Europe pour se rendre en Syrie ou en Irak combattre aux côtés de l’Etat islamique (EI) a plus que doublé au cours des derniers 18 mois.

Au total, le groupe terroriste pourrait compter sur 27.000 à 31.000 combattants étrangers issus de 86 pays. Plus de 5.000 de ces combattants viennent d’Europe de l’Ouest, et 3700 d’entre eux proviennent de quatre pays de l’UE: la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique.

Ce sont surtout des combattants issus de l’Europe Occidentale (+200%) et la Russie (+300%) qui continuent de grossir les rangs de l’EI.

Ali Soufan, CEO du Soufan Group, note que bon nombre de ces combattants retournent aussi dans leur patrie. En Europe, ils seraient ainsi 26% à être rentrés au pays, soit un sur 4. Remarquablement, on ne sait pas quelles sont les motivations derrières ce retour au pays. “Et c’est ça qui est inquiétant”, commente-t-il.

Plusieurs experts ont évoqué la vulnérabilité de l’Occident à l’égard de ces combattants. “Tous les membres des services de sécurité européens que j’ai rencontrés au cours de l’année écoulée sont pétrifiés quand ils évoquent le problème des combattants étrangers. Il est pratiquement insoluble”, a déclaré Bruce Riedel, un ex-cadre de la CIA, qui est aujourd’hui membre du think tank Brookings. “Pensez au problème de surveiller tout ce monde quand ils rentrent. Ils vont être mis en prison. Mais la plupart sortiront dans les 48 heures, parce qu’ils n’ont commis aucun crime en France ou en Belgique. (…) Ont-ils l’intention de commettre un crime ? Possible. Mais en démocratie, on ne garde pas des gens en prison parce qu’on les soupçonne d’avoir l’intention de commettre un crime”, ajoute-t-il.

Les experts craignent aussi que des “loups solitaires” ne commettent des méfaits, sur ordre de l’EI. “Au lieu d’avoir une structure clandestine avec des canaux de communication dans les deux sens et des plans secrets qui doivent être protégés, vous n’avez qu’une structure (l’EI) qui diffuse les consignes à des gens qui restent dans la clandestinité et passent à l’action quand ils veulent, en accord avec ces consignes”, spécule l’expert australien David Kilcullen.

A cet égard, l’avertissement de Jean-Pierre Filiu, un experts de l’extrémisme islamiste qui enseigne à Sciences Po Paris, est sans appel:

Bien après la chute de Daech, le monde entier payera encore pour les années d’aveuglement pendant lesquelles le monstre djihadiste a pu grandir au seuil de l’Europe. Et ce seront bien sûr les pays européens, avec plus de 5.000 djihadistes engagés avec Daech, qui seront les plus affectés”.

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