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© Daniël van der Kolk/Unsplash

Economie

Comment Bruges a résolu le problème du tourisme de masse

Bruges, surnommée la "Venise du Nord", peut être comparée à la belle italienne non seulement en raison de son réseau de canaux, jadis utilisés à des fins mercantiles, mais également car cette ville est également confrontée au problème du tourisme de masse. Toutefois, cette cité du nord de la Belgique semble avoir trouvé la solution pour limiter les aléas des excès du tourisme.   

Tout comme de nombreuses destinations touristiques européennes populaires – Barcelone, Amsterdam, Florence, Dubrovnik, Venise – Bruges, dont la population est d'un peu moins de 20.000 habitants, lutte contre l'invasion touristique. Chaque année, environ huit millions de touristes visitent son petit centre historique.

Comme dans les autres grandes villes européennes, les habitants en ont assez des foules de voyageurs qui déambulent dans ses rues. Ce type de ressentiment a souvent un effet désastreux sur le secteur du tourisme d'une ville et les visiteurs en finissent par se sentir indésirables.

Cependant, Bruges a réussi a évité ce type de situation. En effet, la ville a pu gérer avec succès l'afflux touristique et a développé un type de projet qui pourrait être utile pour d'autres villes touristiques en détresse.

Stratégies

En 1996, Bruges a limité à un peu plus de 100 le nombre d'hôtels installés dans le centre historique. En 2002, les autorités ont également limité le nombre de résidences secondaires et de maisons de vacances afin de préserver la population des résidents permanents. Elles ont développé en outre une stratégie qui consiste à concentrer les touristes dans le sud-ouest de la ville, dans une zone qui relie le centre aux stations de bus et à la gare. Les cars de touristes ne sont autorisés dans le centre-ville que s'ils apportent des visiteurs à leur hôtel. Parallèlement, les places de parking sont limitées dans le centre et les aires de stationnements longue durée, moins chères, sont situées à la périphérie.

Par ailleurs, la majorité des touristes sont des excursionnistes qui restent moins de trois heures dans la ville. Cependant, leur nombre a récemment augmenté en raison de la popularité croissante des croisières. Les visiteurs débarquent à Anvers, Ostende et Zeebruge, à seulement 15 km au nord de Bruges. Or, les passagers de croisière ne dépensent pas beaucoup d'argent au niveau local et obstruent néanmoins les trottoirs. Afin de limiter les visites pédestres, les autorités ont appliqué une mesure qui stipule que tous les guides doivent être agréés.

Objectifs

Ces différentes réglementations servent à atténuer le ressentiment local à l'égard des touristes et à faire en sorte que la population accepte tout autre projet touristique. Selon une étude récente, la majorité des habitants de Bruges, soit 117.000, soutiennent les initiatives touristiques. Bruges reste ainsi une destination culturelle et ne se transforme pas en un lieu pour les enterrements de vie de célibataires.

Bien entendu, le tourisme profite à la population locale. Ce secteur rapporte à la ville 440 millions d'euros par an. De nombreux habitants vivent en outre du tourisme, qu'ils soient propriétaires ou employés du secteur. A Bruges, les bénéfices du tourisme sont largement redistribués.

Attractions

La prospérité de la ville est palpable. La clientèle des meilleurs restaurants est locale. La ville possède de nombreuses attractions : le festival de musique Cactus, le festival de la gastronomie Kookeet ou encore la Triennale de Bruges.. A Noël, les résidents se rassemblent et se divertissent dans les bars. La musique et la danse sont à l'honneur toute l'année grâce aux programmations de choix de la salle de concerts Concertgebouw. Bruges est également un avant-poste de l'université de Louvain, possède une école de restauration réputée et est également un acteur majeur dans le développement de nouvelles entreprises.

Cependant, tous les habitants ne sont pas satisfaits de l’activité touristique. Les résidents se plaignent de l'intrusion quotidienne des visiteurs qui stagnent devant chez eux, des groupes de touristes qui dévalent les rues ou qui s'arrêtent partout pour prendre des selfies.

Mais les locaux acceptent finalement le prix à payer de la croissance touristique. En outre, plusieurs parties du centre-ville sont épargnées par le tourisme et sur 8 millions de visiteurs annuels, seuls 1,8 million passent la nuit dans la ville. Dès lors, lorsque la nuit approche, le nombre de touristes diminue et la ville redevient calme.   

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