Le ministre italien de l'Économie et des Finances, Giovanni Tria (à gauche), en compagnie du Premier ministre italien, Giuseppe Conte, participe à une conférence de presse à l'issue du sommet gouvernemental organisé à Rome, en Italie, le 3 octobre 2018

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Economie

Italie : le ton est devenu plus conciliant avec l'Europe

Le ton a changé à Rome à l'égard de l'Union européenne. Le gouvernement du Premier ministre Giuseppe Conte négocie actuellement avec Bruxelles pour trouver un compromis sur le budget italien pour 2019.

Depuis la semaine dernière, les deux vice-Premiers ministres italiens, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, ont mis fin à leur rhétorique agressive, et l'on entend plus parler des « eurocrates de Bruxelles » ou de leurs « diktats »

Les dirigeants populistes rattrapés par les dures réalités économiques

Les 2 dirigeants des partis au pouvoir ont été rattrapés par les dures réalités économiques, en particulier celle du recul du PIB italien de 0,1 % au 3e trimestre. La croissance économique, qui devait être de 1,2 % dans leurs prévisions optimistes, ne devrait finalement pas dépasser 0,7 % pour l'année 2018. Selon la confédération de l'industrie italienne, la production aurait chuté de 0,5 % en novembre. De même, l'indice PMI, qui reflète les intentions d'achat des acheteurs des grandes entreprises, serait tombé sous le seuil des 50 points qui marque la croissance de l'économie, une première depuis 2016.

En clair, l'économie italienne connaît un ralentissement, et les analystes s'inquiètent que celui-ci pourrait se muer en une véritable récession. Dans l'un de ses rapports pour 2019, la banque Goldman Sachs avait estimé que l'Italie « jette des nuages sombres sur le scénario des marchés en Europe et son économie flirtera avec la récession début 2019 ». Elle lui prédit une croissance de seulement 0,4 % pour 2019, alors que la plupart des analystes avaient tablé sur un rythme de 1 %.

Un budget 2019 plus irréaliste que jamais... dont il faut diluer les mesures

Dans ces conditions, le projet de budget pour 2019, fondé sur l'adoption d'un plan de relance assorti d'une forte hausse des dépenses publiques débouchant sur une prévision de déficit de 2,4 % du PIB, semble plus irréaliste que jamais. 

Rome a donc mis fin à son bras-de-fer avec Bruxelles et adopté un ton plus conciliant. Des pourparlers ont été engagés pour trouver un compromis avant la prochaine réunion du conseil pour les affaires économiques et financières de l'UE (Ecofin) qui doit avoir lieu le 17 décembre prochain. C'est le président du Conseil (le Premier ministre), Giuseppe Conte (à droite sur notre photo), qui a été chargé de mener ces débats, tandis que le ministre des Finances, Giovanni Tria (à gauche sur notre photo), planche sur un nouveau projet de budget.

Ce dernier devrait voir le déficit pour 2019 ramené à près de 2 % du PIB. Il est question de diluer les mesures phares qui avaient été annoncées par le gouvernement de la coalition formée par le parti d'extrême droite La Lega et le parti antisystème Movimento 5 Stelle (M5S). Ainsi, l'avancement de l'âge de la prise de pension à 62 ans serait reporté, le revenu citoyen serait raboté pour passer de 780 € à 500 €, et le nombre des bénéficiaires serait revu à la baisse.
Des cadeaux fiscaux et des embauches de fonctionnaires ont déjà été planifiés pour faire passer la pilule auprès des électeurs.

La Commission européenne demeure circonspecte

La Commission européenne a déjà fait part de sa satisfaction. « Nous attendons maintenant des avancées concrètes », a déclaré le vice président, Valdis Dombrovskis.

Néanmoins, le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, tout en notant le changement de ton du gouvernement italien, a indiqué qu'il allait tout de même poursuivre ses démarches pour ouvrir une « procédure pour déficit excessif », qui pourrait aboutir à une amende de 3 milliards d'euros pour Rome si le gouvernement italien décidait malgré tout de ne pas revoir sa copie.

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