Des Roumains attendent l'ouverture de l'ambassade du Royaume-Uni pour y solliciter un visa de travail

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Politique

Le ministre des Finances de la Roumanie propose de restreindre le droit à la mobilité des personnes au sein de l'UE

Eugen Teodorovici, le ministre des Finances de la Roumanie, a suscité un tollé lorsqu'il a proposé de limiter la durée des permis de travail accordés par les Etats-membres de l'UE aux ressortissants d'autres nations du bloc. 

M. Teodorovici souhaite que l'on ne délivre que des permis de travail d'une durée de 5 ans pour les Roumains qui souhaitent partir travailler dans un autre pays de l'UE. Au terme de sa validité, le travailleur serait contraint d'en partir, pour retourner chez lui, ou pour solliciter un nouveau permis de travail, mais dans un autre pays de l'UE.

Forcer les travailleurs émigrés à rentrer au pays ou à choisir un autre pays d'accueil au terme de 5 ans

"Après le premier permis, on ne devrait pas être autorisé à renouveler son droit de travailler, et d'être ainsi forcé de migrer en Europe. Donc, si quelqu'un part en Allemagne et parvient à y obtenir le droit de travailler en permanence, cette personne ne reviendra jamais en Croatie ou en Roumanie, ou les autres pays d'où elle était issue. Cinq ans maximum, et ensuite vous devez partir dans un autre pays et y chercher un emploi", a-t-il expliqué, ajoutant qu'il avait soumis son projet à certains de ses homologues européens. 

Avec ce projet, M. Teodorovici entend mettre un frein à l'exil des Roumains en âge de travailler, qui partent en masse travailler dans les autres pays membres de l'UE. Il espère en effet qu'avec cette mesure, une grande partie de ses compatriotes partis travailler à l'étranger choisiront de rentrer chez eux au terme des 5 ans de validité de leur permis de travail. Le ministre estime en effet que son pays est lésé par ces départs, qui profitent aux différents pays d'accueil de ses concitoyens, tandis que les pays d'origine de ces travailleurs restent pauvres.

Près de 20 % des Roumains en âge de travailler vivent dans un autre pays de l'UE

Des chiffres d'Eurostat provenant d'une enquête réalisée en 2017 montrent que près d'un cinquième de la population roumaine en âge de travailler (19,7 % précisément) réside dans un autre pays membre de l’UE. Au sein de l’Union, la moyenne de la population en âge de travailler qui réside dans un autre pays membre est de 3,8%, et la Roumanie est le pays qui connaît l’exode le plus massif. On recensait environ 411 000 Roumains au Royaume-Uni en 2017, un nombre supérieur à celui des Irlandais présents dans le pays. Pire, une étude des Nations Unies prévoit que d'ici 2050, le pays devrait encore perdre 15 % de sa population.

Cet exode est motivé d'une part par la pauvreté du pays, et le risque d'exclusion sociale auquel près d'un tiers des Roumains sont exposés. La corruption généralisée, qui sape leurs perspectives d'avenir, est aussi un autre facteur. “Les gens partent, parce qu’ils ne parviennent pas à trouver un emploi correct dans un rayon de 100 km de chez eux. Même lorsqu’il y a des emplois, le fait est qu’alors que les prix sont comparables à ceux de l’Ouest, les salaires ne correspondent qu’à un cinquième de ceux que l’on perçoit là-bas”, explique le journal roumain Ziarul Financiar.

Pour le journaliste roumain Cristian Unteanu, il est très probable que la plupart de ses exilés ne rentreront jamais au pays : “Parmi la première génération des “ramasseurs de fraises", le pourcentage de ceux qui revenaient était encore très élevé. (...) Ils travaillaient pour gagner de l’argent, et pour la plupart, revenaient pour se faire construire une maison comme celles qu’ils avaient vues à l’Ouest. Mais rapidement, le nombre de jeunes  avec un niveau d’éducation élevé a commencé à croître, et ils représentent maintenant un gros pourcentage des migrants. Personnellement, je pense que seulement un petit pourcentage d’entre eux reviendront. Au moins tant que la situation économique en Roumanie demeurera aussi imprévisible”.

Une remise en cause de l'un des 4 piliers de l'UE

La proposition de M. Teodorovici a suscité un tollé dans son pays, d'autant qu'elle remet en cause la liberté de mouvement des personnes au sein de l'Union Européenne, l'un des 4 fondements du bloc (avec la libre circulation des biens, celle des capitaux et celle des services). Ce droit est actuellement garanti sans aucune restriction pour tous les citoyens de l'UE, ce qui leur permet de s'établir et de travailler dans le pays membre de leur choix, pour une période illimitée, s'ils le désirent. 

Le ministre a rétropédalé dans un message posté sur Facebook, expliquant qu'il avait émis cette suggestion dans le contexte de "la crise aiguë du travail en Roumanie", et de l'exode des jeunes Roumains. "Je ne remettrai jamais en question les quatre libertés fondamentales sur lesquelles l'UE est basée", a-t-il écrit, ajoutant qu'il se devait de soulever les problèmes de l'affaiblissement de la croissance économique et du développement auxquels la Roumanie était confrontée en raison de l'émigration. 

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