Angela Merkel et Emmanuel Macron

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Politique

"Il faut un 'empire européen' capable de rivaliser avec les Etats-Unis et la Chine"

Le ministre des Finances français Bruno Le Maire pense qu'il est temps pour l'UE d'utiliser son pouvoir pour contre-balancer les Etats-Unis et la Chine.

« L' Europe ne devrait pas avoir peur d'utiliser son pouvoir pour former un "empire pacifique" qui pourrait s'imposer face aux Etats-Unis et à la Chine. ». C'est ce qu'a déclaré Bruno Le Maire, le ministre français des Finances, dans une interview accordée à l'Allemand Handelsblatt. Le journal note que l' Allemagne reste opposée à une alliance militaire qui couvrirait tout le continent.

Le Maire: "On en a assez bavardé"

Le Maire (notre photo ci-dessous) a souligné son choix de mots en déclarant que "dans le monde de demain, tout tourne autour du pouvoir ... pouvoir technologique, économique, financier, monétaire, culturel - tout sera décisif. C’est pourquoi nous ne devons pas fuir l’utilisation de notre pouvoir".

Le Français a également laissé entendre que lors du prochain sommet de l'UE, des "décisions" seraient prises sur "une unité de combat européenne".

"On en parle depuis longtemps, il est temps de prendre des décisions, ce qui se produira lors de la prochaine réunion des ministres européens de l'Economie et des Finances, le 4 décembre. Cela semble inévitable, car les Européens "en ont assez des paroles creuses de Bruxelles, ils veulent voir de l'action." 

Le ministre des Finances français Bruno Le Maire

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Les déclarations de Le Maire font suite à une prise de bec diplomatique la semaine dernière, lorsque le président américain Trump avait critiqué une déclaration de son homologue français Macron. Ce dernier avait fait des déclarations similaires au sujet d'une armée européenne, après quoi Trump avait répondu : "Très insultant mais peut-être que l'Europe devrait d'abord payer sa part à l'OTAN que les Etats-Unis subventionnent largement !"

"Tout le monde sait qu'il faut du courage pour s'interposer face à l'administration de Donald Trump", a déclaré Le Maire. Il a cité l'exemple des sanctions imposées par les États-Unis à l'Iran

Mais plutôt que de former un front contre les États-Unis, l’Europe a opté pour une alternative passive : la création d’un véhicule spécial permettant de contourner le réseau de paiement américain SWIFT et de permettre aux entreprises européennes de commercer avec l’Iran. Bien que cette solution provisoire semble suffisante pour le moment, une telle mesure prouve la faiblesse de l'Europe, selon Le Maire. "Parce que l'Europe ne devrait pas laisser les Etats-Unis décider avec qui les entreprises européennes peuvent faire des affaires".

L'Europe et la "Taxe-Google"

Le Maire s'était déjà fait remarquer le mois dernier lorsqu'il avait répété une fois de plus devant le Parlement européen à Strasbourg qu'il souhaitait faire de la taxe européenne de 3 % sur le chiffre d'affaires destinée aux grandes entreprises de technologie américaines «une priorité absolue».

La plus grande frustration en Europe est le fait que ces entreprises «winner-takes-all» ['le gagnant rafle tout'] ne paient que des impôts minimes. L'Union européenne veut donc combler les manques à gagner fiscaux générés par ces entreprises.

Mais l’UE est encore une fois divisée sur la question. On s'attendait à ce que des pays tels que l’Irlande et les Pays-Bas, qui bénéficient aujourd’hui du système existant, s'opposent à la mesure. Mais les doutes manifestés par d’autres pays, tels que la Suède, le Danemark, la Slovaquie, Malte, et Chypre, étaient bien plus inattendus. Et plus étonnant encore, l'Allemagne semble aussi rejeter le projet. Le gouvernement Merkel plaide pour un arrangement mondial. Les pays scandinaves craignent l'impact d'une telle taxe sur l'innovation et la possible répression exercée par les États-Unis.

Encore un parfait exemple montrant qu’il est presque impossible d’aligner les 28 pays de l’Union européenne lorsque des décisions importantes doivent être prises. Le fait que la France et l'Allemagne soient d'accord est un prérequis indispensable, mais ce n'est généralement pas le cas dans la pratique.

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