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Le Kosovo est devenu la capitale des "pièges à clic"

L'intervention de "fermes à troll" russes, et leur publication de contenus faux dans les médias sociaux pour influencer les élections présidentielles américaines n'est plus un secret pour personne. Mais il n'y a pas que les motivations politiques qui peuvent pousser des individus à publier des "infox" (aussi appelées "fake news", ou désinformation) : pour de nombreuses personnes, c'est aussi devenu leur gagne-pain. 

Les spécialistes de ce type d'infox sont passés maîtres dans l'art de ce que l'on nomme "clickbait" en anglais, ou "piège à clic" : des contenus racoleurs, basés sur des informations sensationnalistes ou étonnants, souvent faux, et dotés de titres particulièrement accrocheurs. L'objectif de ceux-ci consiste à attirer l'internaute vers la page web d'un site, une page Facebook, voire même, une page web isolée, pour générer des revenus publicitaires. "Le toiletteur de chiens qui a roué un chien de coups de pied jusqu'à lui casser les côtes n'ira pas en prison" ou "Un garçon sort du coma après 12 ans, et chuchote un sombre secret à ses parents" sont des exemples de titres de ce type de contenus. 

"40 % des jeunes du Kosovo le font"

Au Kosovo, ces "pièges à clic" sont devenus le gagne-pain de "milliers et de milliers de gens", dont beaucoup sont encore adolescents, a expliqué l'un d'entre eux à un journaliste de la BBC : "40 % des jeunes du Kosovo le font", précise un autre. 

Certains d'entre eux possèdent plusieurs pages Facebook sur lesquelles ils diffusent ces contenus ; parfois, ils recueillent des audiences de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers de personnes. Sur les dernières années, ces contenus leur rapportaient jusqu'à 600 euros par jour, un revenu bien supérieur à ce qu'ils pourraient espérer gagner dans un pays où le revenu moyen est de 360 euros, et où un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 

Facebook a déclaré la guerre aux "fake news"

Mais récemment, les choses ont commencé à évoluer, en raison des différents scandales liés à des "fake news". Les géants de l'internet américains, aux premiers rangs desquels Facebook, se rebiffent contre ce qu'ils considèrent être une menace pour leur business model et ont supprimé des milliers de pages accusées de colporter des infox. Désormais, l'activité des "pièges à clic" n'est plus aussi lucrative, mais elle leur permet tout de même de gagner 100 euros par jour en moyenne. De même, la nature des contenus a changé. Aux contenus politiques, plus sensibles, ils ont substitué des ragots impliquant des stars ou des footballeurs et des histoires d'orgies sexuelles ou de fractures ouvertes, par exemple. 

Des kits de démarrage "fake news"

Une véritable industrie est née de cette activité. Pour les as du clickbait, Facebook n'est pas que l'endroit où ils diffusent leurs contenus.C'est aussi celui où ils se "rencontrent" virtuellement, se cooptent, où ils négocient les faux-comptes, de faux likes, et même des conseils pour améliorer leur technique. On y trouve même des "kits de démarrage fake news" pour débutant, comprenant des pages Facebook pour se constituer un lectorat, et des sites pour monétiser son activité. Les meilleurs d'entre eux sont aussi devenus experts dans les techniques pour contourner les règles et les systèmes de filtrage mises en place par les réseaux sociaux.

"Si vous voulez y mettre fin, vous ne pourrez pas vous contenter de brûler les champs"

"J'ai commencé à considérer ce type d'infox, de contenus exportés vers les marchés occidentaux dans un but lucratif, à quelque chose de comparable à la culture du pavot. C'est une culture commerciale. Elle n'est d'aucune utilité aux gens qui la produisent. Elle ne fait pas de bien aux marchés qui la consomment. Mais elle est - et de loin - la méthode la plus simple et la plus accessible pour gagner de l'argent pour certains. Si vous voulez y mettre fin, vous ne pourrez pas vous contenter de brûler les champs. Vous devrez aussi donner autre chose à cultiver à ces gens", conclut Carl Miller de la BBC.

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