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© Christie KIm/ Unsplash

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En Chine, on peut maintenant vous identifier grâce à votre façon de marcher

Les villes chinoises sont en train d'implémenter un nouveau logiciel de "reconnaissance de la démarche". La Chine renforce de cette manière encore davantage la sécurité sur son territoire.

Le logiciel, développé par la société technologique chinoise Watrix, permet d'identifier les personnes sur base de leur silhouette et de leur façon de marcher même si leur visage est masqué. Cette technologie peut en outre reconnaître une personnes à 50 mètres de distance en analysant son comportement.

Bien que le logiciel ne comporte pas encore de fonctionnalité permettant la reconnaissance et la détection des personnes en temps réel, il serait possible de rechercher une séquence en dix minutes avec un taux de précision de 94%.

Contribution à la reconnaissance faciale

A long terme, cette technologie pourrait compléter la reconnaissance faciale, cette dernière s'appuyant sur des images haute résolution du visage d'une personne. La reconnaissance faciale est utilisée presque partout en Chine, dans des endroits tels que les rues, les gares ou encore les aéroports.

A Pékin et à Shanghai, le logiciel est déjà employé pour l'identification des suspects ou des piétons indisciplinés. Les autorités ont fait part de leur intention d'utiliser cet outil numérique dans la région de Xinjiang, à la frontière nord-ouest de la Chine. Dans cette zone, un million de personnes seraient détenues suite à une vague de répression contre les minorités musulmanes, selon l'ONU.

En début de semaine, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont fait part de leurs préoccupations au sujet des activités chinoises au Xinjiang et ont demandé à Pékin de mettre un terme aux camps de détention des minorités musulmanes. Les autorités chinoises ont répondu qu'il s'agissait de centres de formation professionnelle.

Lors de l'examen quadriennal du bilan de la Chine en matière de droits de l'homme réalisé par l'ONU, d'autres pays se sont inquiétés des atteintes à la liberté d'expression dans ce pays.

"Ces pays auraient dû évoquer également les outils tels que la surveillance numérique utilisée pour restreindre les droits de l'homme", a déclaré Frances Eve, chercheuse du Réseau chinois de défense des droits de l'homme.

Surveillance biométrique

En Chine, les outils biométriques déterminent l'avenir de la haute technologie. Les développements en matière d'intelligence artificielle, souvent issus de recherches soutenues par le gouvernement, alimentent la création d'un vaste système national de surveillance. Ce projet baptisé "projet bouclier doré" doit permettre de surveiller les 1,4 milliard de citoyens chinois.

Au cours de la dernière décennie, les dépenses relevant de la sécurité intérieure en Chine ont triplé pour atteindre 1,24 milliard de yuans, soit 157 milliards d'euros.

Selon la Jamestown Fondation, un groupe de réflexion américain, rien qu'au Xinjiang, les constructions en rapport à la sécurité ont plus que doublé en 2017. Selon les autorités chinoises, ces avancées permettront d'augmenter la sécurité du pays et pourront également être utilisées à plusieurs fins.

Récemment, dans le cadre d'une campagne de lutte contre la fraude fiscale, un assureur chinois a développé un logiciel de reconnaissance faciale qui est capable d'analyser les micro-expressions des demandeurs de prêt. "La technologie de reconnaissance de la démarche pourrait également être utilisée pour repérer les intrus dans un logement", explique encore le quotidien britannique The Telegraph.

Atteinte à la vie privée

Selon les observateurs, il n'y a aucun débat en Chine sur le droit à la vie privée. Par ailleurs, le Parti communiste chinois au pouvoir risque d'abuser du recours à ces technologies.

"Les États ont l'obligation d'assurer la sécurité publique à leurs citoyens, mais pas au détriment des droits de l'homme fondamentaux", a déclaré au journal Sophie Richardson, directrice chinoise de Human Rights Watch.

"Ces outils collectent de nombreuses données sur les citoyens sans leur connaissance et leur consentement. Ces personnes ne sont pas en mesure de savoir comment ces technologies sont utilisées contre elles. Il n'existe aucun moyen efficace pour lutter contre cette tendance."

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